Hôtel Park Hyatt Vendôme. De passage à Paris la semaine dernière, Gore Verbinski a assuré la promotion de RANGO, le film d’animation produit en collaboration avec la célèbre société d’effets spéciaux ILM.

Accompagné d‘Abigail Breslin (BIENVENUE A ZOMBIELAND), le réalisateur de PIRATES DES CARAÏBES peut s’enorgueillir de pouvoir faire de l’ombre à toutes les dernières productions de chez Pixar et Dreamworks. En attendant la sortie de ce bijou le 23 mars prochain, ils ont répondu à nos questions.


Quand et pourquoi avez-eu l’idée de faire un film d’animation ?

Abigail Breslin : C’est vrai que j’avais fait quelques voix par le passé mais je ne suis pas le genre d’actrice qui se dit : « Je vais faire tel genre maintenant ! ». Je choisis plutôt en fonction du scénario et du personnage. Ici, tout m’a plu. Ce sont le casting, le réalisateur, l’histoire et le personnage qui ont motivé mon choix.
Gore Verbinski : Aujourd’hui, lorsque vous êtes réalisateur vous ne pouvez pas être étranger aux effets spéciaux et aux CGI (NDLR : Computer-generated imagery/ images de synthèse). J’entretiens depuis longtemps de bonnes relations avec des artistes et des animateurs. Je suis fan de l’animation mais pas en tant que technique ni en tant que genre plutôt en tant que méthode et je me suis dit pourquoi ne pas essayer quelque chose de nouveau.

Souhaitiez-vous faire une parodie ou un film ?

GV : Je dirais vraiment un peu des deux car c’est vraiment un film à l’intérieur d’un film qui est à l’intérieur d’un autre film. Ainsi, vous avez le coeur mexicain qui chante les aventures du caméléon, le caméléon acteur qui connaît Shakespeare et tous les western mais aussi le caméléon qui joue un rôle.

Rango et les citoyens de Poussière

Quel est le rôle d’un réalisateur dans un film d’animation par rapport à un film live ?

GV : Il faut savoir que lorsque vous travaillez sur un film d’animation tout est planifié à l’avance. Ce format ne nous offre aucun cadeau, aucune spontanéité. La procédure est assez longue, le film a nécessité 3 ans 1/2 de travail. 1 an 1/2 pour écrire le scénario et le story-board, 20 jours avec les acteurs et ensuite 1 an 1/2 de travail avec ILM. Ainsi, ces 20 jours en compagnie des acteurs étaient ma seule opportunité de travailler de façon intuitive. D’obtenir de leur part ces fameux cadeaux comme des improvisations par exemple.

Est-ce plus difficile de jouer des émotions pour un film d’animation que pour un film live ?

AB : Normalement pour les films d’animations, vous êtes toute seule dans une cabine alors que pour RANGO nous étions tous réunis dans un studio. Nous avons ainsi tous pu réagir comme si il s’agissait d’un film live et c’était vraiment plus sympa et donc plus facile pour jouer.

Gore Verbinski dirigeant les acteurs

Vous êtes vous fixé des limites pour que les nombreuses références présentes dans RANGO soient accessibles à un large public ?

GV : Nous avons tout d’abord essayé de trouver un ton, un style. Dans RANGO, on oscille entre le burlesque, l’absurde et des moments un plus sérieux. Au fur et à mesure, c’est devenu plus intuitif et nous n’avons pas eu besoin de poser véritablement de repères.

Jusqu’à présent dans les westerns, on nous racontait la quête de l’or puis ce fut la découverte du pétrole, aujourd’hui c’est l’eau. S’agit-il d’un signe de la décadence de notre génération ou est-ce un message écologique ?

GV : Cette idée de quête d’eau était juste un prétexte. J’avais en tête les westerns que j’aime notamment ceux où les mythes sont entrain de mourir, ces films de Sam Peckinpah où l’on voit ce vieux cow-boy qui n’a plus vraiment sa place car le réseau de chemin de fer est entrain d’arriver. Je me suis également inspiré du film CHINATOWN, basé sur des faits réels qui eurent lieu à Los Angeles lorsque l’eau fut manipulée par des hommes au pouvoir. Mais il est vrai que l’on ne peut pas parler aujourd’hui du progrès sans parler des problèmes d’environnement. Au final, nous sommes comme ces cow-boys qui se demandent si ils doivent prendre le train de la modernité en route.


 Pour ce qui est de l’apparition de Clint Eastwood dans RANGO qu’en a-t-il pensé, est-il au courant ?

GV : Je ne crois pas et j’ai très peur de sa réaction 😆 Pour nous c’était une évidence de représenter l’esprit de l’ouest par ce personnage.

Vous aviez également introduit des scènes oniriques dans « Pirates des caraïbes 3 », est-ce pour déstabiliser le public ?

GV : A une certaine époque, les réalisateurs avaient une véritable liberté. Je pense notamment à Dennis Hooper a qui l’on a donné de l’argent pour tourner dans le désert. Je tiens à garder cette liberté dans mes films. Les gens qui m’entouraient lors de la conception de RANGO n’étaient pas simplement passionnés de westerns mais aussi par tout ce qui est absurde comme les Monty Python ou Mel Brooks. C’était surtout la volonté de prendre des archétypes pour les détourner.

Abigail Breslin, Gore Verbinski et Isla Fisher à l’avant-première

Pourquoi avoir choisi un caméléon comme héros ?

GV : Depuis 2003, cela a été un processus de réflexion à part entière. Lorsque nous avons déterminé le genre du film, à savoir celui du western, nous nous sommes dit qu’il s’agirait d’un animal provenant du désert. Puis, comme il fallait qu’il soit tout de même extérieur à ce monde nous nous sommes dit pourquoi pas un animal issu du milieu aquatique, pourquoi pas un caméléon. Le changement de couleur propre au caméléon nous a fait penser à un acteur et comme un acteur a souvent des problèmes l’idée de cette quête identitaire s’est imposée à nous. Pour finir, j’ai parlé de cette histoire à Johnny Depp qui est lui-même un véritable caméléon et il a donné son accord. Ce film n’aurait d’ailleurs pas pu se faire sans lui.

Souhaiteriez-vous refaire un film d’animation ?

AB : Oui j’aimerais bien car j’adore cela mais j’aimerais surtout pouvoir en refaire un à la manière de RANGO.
AB : Éventuellement. J’ai beaucoup de respect pour les réalisateurs de film d’animation car cela représente un travail colossal. C’est pourquoi, je préfère enchaîner avec un film de prises de vues réelles. Pourquoi pas l’adaptation de LONE RANGER mais pour l’instant nous n’en sommes qu’au stade de l’écriture du scénario.

Johnny Depp dans ses œuvres

Quel est votre western préféré ?

GV : J’ai vu mes premiers westerns à la télévision mais je me souviens surtout d’avoir vu en cachette IL ÉTAIT UNE FOIS LA REVOLUTION à l’âge de 9 ans. On va dire que j’ai découvert ce genre un peu à l’envers d’abord les films de Sergio Leone puis ceux de Peckinpah et John Ford. Je n’ai pu les apprécier qu’après coup.

Quel est votre film d’animation préféré ?

AB : Petite, j’ai adoré LA PETITE SIRÈNE, je voulais à tout prix être Ariel 😆 Je regardais aussi en boucle QUEST FOR CAMELOT.

A propos de l'auteur

Passionnée de Pop Culture et friande d'évasion, ma curiosité n'a aucune limite.

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