Plus connu sous le pseudo d’E338, Loic Zimmermann est un talentueux artiste 3D et illustrateur vivant actuellement aux États-Unis pour les besoins de son travail. En effet, il a dû quitter ses pénates Troyennes pour bosser chez Luma Pictures a qui l’on doit les effets spéciaux de films tels que X-MEN ORIGINS : WOLVERINE, HANCOCK, NO COUNTRY FOR OLD MEN, PIRATES DES CARAÏBES 3 ou encore HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG-MÊLE qui sortira cet été. Je vous invite à consulter son blog et surtout à fouiller dans les archives car celles-ci recèlent de véritables pépites. Workalcolic, il a pris du temps sur des vacances bien méritées pour répondre à mes questions et je l’en remercie.

Pourrais-tu te présenter ?

Né a Reims, domicilié à Troyes, actuellement exilé à L.A. du côté de Venice. Parcours classique Arts Plastiques, Beaux Arts puis Arts appliqués. Autodidacte en infographie et plus particulièrement en 3D. J’ai commencé comme prof une paire d’année puis ai été embauché dans une boite de 3D où j’ai appris les joies de la production. Ensuite, j’ai enchaîné comme freelance, avec une halte par Milan puis à Paris comme D.A. Puis, je suis retourné chez moi peinard et j’ai bossé pour pas mal de monde en France et à l’étranger. J’ai également eu l’occasion de faire des Master class. A part quelques boulots pro bien diffusés, les gens ont commencé a me connaître par mon travail perso et mes publications, enfin je crois.

Ton pseudo E338 aurait-il un rapport avec une quelconque addiction au coca-cola ?

Il y a eu en effet une puissante addiction au Coca, plusieurs litres par jour. Le nom vient de là, ainsi que d’une partie de mon processus de travail qui s’apparente aux effets de l’acidifiant en question. J’aime partir de sources diverses que je pourris, ronge, gratte et recouvre.


Travaux effectués sur UNDERWORLD 3 pour Luma Pictures

Tes expériences professionnelles les plus marquantes ?

Le visuel de MotionBuilder pour ALIAS en 2006. Carte blanche, client agréable, qui paye bien et à l’heure et vous remercie encore 3 mois après. L’Italie pour la rencontre d’une équipe internationale vraiment chouette, malheureusement amoindrie (la rencontre) par la gestion du projet par une belle tête de con irresponsable. HEAVY RAIN pour la relation très constructive que nous avions établis avec Thierry Prodhomme, le superviseur Characters. Luma Pictures pour avoir tenu les promesses annoncés pour la première année, à suivre… Et COQ NOIR pour le caprice perso, plongée dans les ténèbres et pure liberté graphique.


Planches extraites de sa BD COQ NOIR

En 2007, tu sortais donc une bd COQ NOIR en collaboration avec Aymeric Laloux aka Bolino. Que retiens-tu de cette aventure ?

L’idée de travailler avec Bolino était dans l’air du temps depuis des années (ça veut rien dire!?!) mais nous ne trouvions jamais un moment pour y réfléchir. Un jour, alors que je voyais poindre au loin 6 mois de production intense sans escales, j’ai demandé à Aymeric d’écrire une nouvelle en dix pages. Il est revenu vers moi quelque jours après avec le script de COQ NOIR. J’ai pris mon mois de décembre pour me consacrer au bouquin. Le 5 janvier, il était prêt à imprimer grâce au financement de TTDMRT, le sérigraphiste avec qui je collabore. Un beau mélange de flippe, de joie, d’excitation et de fatigue. On a d’autres projets en stock mais je ne trouve pas le temps de m’y consacrer. Je ne peux pas faire ça en dilettante le soir et le weekend, il me faudra également un mois pour le prochain, je cherche…

Cet automne sortira le jeu HEAVY RAIN sur PS3. Peux-tu nous parler de ta collaboration avec Quantic Dreams ?

Tout à commencé quand le sup’ perso de Quantic cherchait des freelances séniors venant du « Highres » pour travailler sur le jeu. On découvrait alors le potentiel du Next Gen et le travail devenait vraiment hybride entre le jeu vidéo old-school et le cinéma. J’ai fais un premier test pour eux, vaguement ok et puis quelques mois plus tard Thierry Prodhomme m’a relancé avec un second test. De là j’ai poursuivis pendant… 1 an, je crois. Il y avait une certaine griserie à repousser les limites de la machine, trouver nos marques, définir l’angle d’attaque. Et Thierry a un œil vraiment affûté; j’ai progressé de façon significative durant notre collaboration.


Image extraite du jeu HEAVY RAIN qui sortira sur PS3

Tu travailles au sein du studio Luma Pictures, responsable notamment d’effets 3D sur X-MEN ORIGINS : WOLVERINE. Comment s’est faite votre rencontre et en quoi consiste ton travail chez eux ?

La rencontre est assez originale puisque c’est le superviseur de Luma qui, en tombant sur un visuel 3D de mon tatouage sur Wire ou Gizmodo, est remonté jusqu’à Autodesk puis mon portfolio. Il m’a contacté un soir par e-mail, dix jours plus tard je prenais l’avion pour faire un test à Venice. Durant une longue discussion avec le boss à la fin du séjour j’ai commencé par refuser le poste de Character Artist qu’on me proposait. La 3D en production, je commence à m’en lasser grave et je passe l’essentiel de mon temps libre à faire des illustrations. Faire ça en France ou ici, quelle différence ? Je préfère rester dans ma maison… Un petit moment de stupeur plus tard, le mec m’explique qu’il a un job pour moi et je finis par accepter la place de Lead Character/Concept Artist. Je passe donc une partie de mon temps a travailler ou coacher quelques gars sur des digital doubles (répliques 3D des acteurs et/ou créatures), l’autre partie étant consacrée à designer ou à faire de l’illu. Ça se met en place. Pour X-MEN ORIGINS : WOLVERINE on a remplacé Sabertooth dans sa course poursuite avec Cyclope (dans l’école), par un double 3D. En règle générale on m’assigne les trucs un peu hardcore…

Il ressort de ton parcours un besoin irrépressible de liberté. Comment arrives-tu à concilier créativité et contraintes professionnelles ?

Je ne suis pas très patient déjà, ce qui fait que souvent en entreprise j’ai claqué la porte. Quand je travaille chez moi, je me lève tôt, je bosse en continue et j’arrête quand j’ai atteins mes objectifs, je n’ai pas besoin d’un guignol au-dessus pour m’expliquer comment faire. Du coup, je préfère être freelance et accessoirement un peu plus « libre ». Luma me dorlote assez pour faire passer la pilule du salariat. Ça me fait des vacances, je flippe moins pour la thune, mais ça reste la zone trouble pour moi. Je n’attend plus de créa en 3D depuis un bon moment. Parfois il y a un peu d’espace libre sur un projet mais jamais de quoi pavoiser. Sinon je commence à proposer des designs et c’est en bonne voie; ça c’est plus drôle d’un coup ! Je bosse pratiquement tous les soirs de la semaine sur des projets persos, ainsi que le week-end, le tout entrecoupé de films et de séries. Pas de TV cela dit.


Ton héros de comics préféré ?

Dardevil, je pense. Je continuerai au fil des années à m’y essayer.

En dehors du dessin et de la 3D, qu’est-ce qui occupe ton temps libre ?

Pas grand chose j’avoue. Le folklore de L.A. me casse pas mal les couilles en règle générale, j’y ai deux bons amis que je vois régulièrement et sinon je suis en très bonne compagnie avec ma plante verte. En France je me faisais mon quart d’heure zen en m’occupant de mon jardin semi-couvert, ma grande fierté. C’est le premier truc dont je me suis occupé en rentrant en vacances la semaine dernière. Et ces dernières années le peu de temps qui me restait passait dans la rénovation de mes apparts.


L’Italie, l’Allemagne maintenant les États-Unis. Penses-tu te poser un jour et dans l’idéal dans quel pays ?

Oui, j’ai cette baraque en France que j’adore. J’aimerai partager mon temps entre France et USA… 6 mois par an, le pied! Mais pour ça je dois patienter encore un peu.

Ton dernier kiff ?

Le concert de Woven Hand la semaine dernière, 3 semaines avec mes potes en France dans mon antre, le calme, The Kills, du fromage et du vin tous les jours, mes chats et mon jardin, In Treatment… J’en profite car dans 3 jours je rempile à Disneyland et on entre dans le vif du sujet cette fois.

Crédits Photos – © E338, Quantic Dreams et Luma Pictures

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