Paris, le 12 avril dernier. Dans un des salons de l’Hôtel Bristol, Kenneth Branagh et le comédien australien Chris Hemsworth nous présentaient le tout dernier blockbuster né des studios Paramount qui sortira le 27 avril prochain sur nos écrans : THOR. L’occasion pour le réalisateur britannique de s’expliquer notamment sur sa passion pour le personnage et sur son envie de longue date de tourner l’adaptation cinématographique de ce comics de chez Marvel.

Vous avez joué, mis en scène et porté à l’écran l’œuvre de Shakespeare, est-ce que cette expérience vous a aidé pour réaliser un film comme THOR ?

Kenneth Branagh : D’avoir été nourri aux textes de Shakespeariens m’a en effet beaucoup aidé. Lors de nos discussions avec Chris et le producteur Kevin Feige (NDLR : également président des studios Marvel) nous pensions au personnage central, Thor mais aussi à la relation père fils, aux thématiques sous-jacentes s’apparentant à L’HOMME QUI VOULAIT ÊTRE ROI ou encore HENRI V notamment avec cette histoire de prince plein d’arrogance qui s’associe parfois à des forces obscures. Le plus intéressant ici est l’histoire de Thor avec laquelle je pouvais amener une intensité émotionnelle réelle. Nous avons dans THOR comme dans les drames Shakespearien, une famille royal, des conflits d’intérêts, des guerres qui peuvent amener à la chute d’une nation ou la chute d’un royaume mais aussi à la mort d’êtres humains. Dès lors, je pense qu’effectivement grâce à cette connaissance de l’œuvre de Skakespeare, j’espère avoir pu amener de la grandeur à certaines scènes.

N’est-ce pas un véritable pari de vouloir séduire un public adolescent habitué aux blockbuster avec un personnage très à part ?

KB : Je crois que dans le divertissement il peut y avoir à la fois une provocation intellectuelle et émotionnelle. Lorsque nous avons fait le film, nous n’avions pas le désir d’attirer un public d’adolescent. Je pense que le public qu’il soit adulte ou adolescent est assez intelligent pour être à la fois diverti et touché par nos ambitions créatives.

Au regard de votre filmographie, je pense notamment à une scène épique d’HENRY V, souhaitiez-vous faire depuis longtemps ce film à grand spectacle ?

KB : Toute ma vie, j’ai été attiré par cela. Mais c’est surtout mon attirance pour le personnage de Thor qui a été le déclencheur. Cela date de mon enfance. Lorsque j’avais 8-9 ans, j’ai été frappé à l’époque par cette image très colorée, très vive qui ressemble beaucoup à celle de Chris dans le film. Celui d’un homme fort extérieurement mais avec des failles à l’intérieur.

Avez-vous eu l’occasion de discuter avec Joss Whedon qui va diriger THE AVENGERS où intervient le personnage de Thor ?

Chris Hemsworth : Nous en avons discuté, nous avons parlé de son évolution. Avec Kenneth nous avons créé un personnage, nous avons posé les bases pour qu’il puisse évoluer dans de nouvelles aventures. Je ne pensais pas que le tournage de THE AVENGERS démarrerait aussi tôt et c’est la seule chose que je puisse en dire maintenant.

Est-ce qu’il y a eu des scènes coupées et si c’est le cas comptez-vous faire une version Director’s cut de THOR

KB : C’est un vaste univers. Bien sûr qu’il y a d’autres personnages et d’autres scènes. Mais nous avons volontairement choisi de ne pas incorporer trop de personnages dans THOR. Cependant, il n’y a aucune scènes coupées pour lesquelles je me serai battu. Elles apparaîtront certainement sous forme de bonus quand le DVD sortira mais en ce qui me concerne cette version de THOR est mon « Director’s cut »

Thor semble avoir appris la sagesse sur Terre, pensez-vous vraiment que ce soit le meilleur endroit pour l’acquérir ?

KB : Aussi bien dans le comics que dans la mythologie, Odin avait une véritable préférence pour la planète Terre, il y a eu de nombreuses maîtresses mais aussi des enfants. Il avait le sentiment que cette planète serait la lueur d’espoir de l’univers ce qui pourrait être envisageable si nous changeons nos comportements.

Lorsque vous tourniez THOR, aviez-vous conscience des enjeux de ce film qui fait partie intégrante d’un vaste plan marketing ?

KB : Je pars de l’idée essentielle qu’il faut faire le film que l’on veut en tant qu’artiste. Il ne voulait pas d’un réalisateur qui ne soit pas d’accord avec l’univers du personnage mais ils m’ont surtout choisi pour ma vision de Thor. J’ai choisi d’ignorer toute la partie merchandising car ce qui m’intéressait c’était le parcours de Thor, le voyage intérieur de ce personnage. J’ai eu toute la liberté artistique que je souhaitais. Je n’adhère pas du tout à ce mythe hollywoodien du réalisateur qui serait un génie auquel tout le monde doit obéir. Selon moi, cela doit être un partenariat créatif, d’ailleurs même avec des films comme « Henry V » ou encore « Au beau milieu de l’hiver » que j’avais pourtant financé, j’avais des discussions avec les producteurs. Mais il ne faut pas s’attarder sur les questions de marketing et plutôt s’attacher à ce que l’on sait faire à savoir des films.

Comment était-ce pour vous d’être dirigé par Kenneth Branagh qui a tel background artistique ?

CH : Kenneth Branagh étant à la fois acteur et réalisateur, il savait quoi nous dire et surtout ce qu’il ne fallait pas nous dire. Il nous a permis d’explorer le personnage sans l’enfermer dans une catégorie précise. Nous avons eu des discussions et grâce à sa grande expérience et sa culture nous avons pu aller bien au-delà des effets spéciaux, qui sont bien sûr au rendez-vous, pour donner une véritable dimension au personnage. Il nous a soutenu en nous laissant une certaine spontanéité.

Le terreau culturel de THOR est très riche, la mythologie Viking, le comics, Shakespeare… Comment avez-vous orienté vos choix esthétiques ?

KB : J’avais 3 lectures de chevet. Les livres de mythologies nordiques ; les comics de l’époque et sur 50 ans il y a eu évidemment beaucoup de représentations de Thor donc chaque soir j’en feuilletait une différente mais aussi un livre sur les effets spéciaux et la 3D. Je devais tout analyser en même temps. Je me suis également inspiré de l’architecture moderne, notamment de Franck Gehry (NDLR : architecte américano-canadien qui a réalisé La Cinémathèque de Paris) et du stade olympique de Pékin. Je visitais sans arrêt des galeries d’art, j’étais un peu dans ce que j’appelle la merveilleuse difficulté de créer. Le générique de fin qui dure 6 minutes où défile des milliers de nom, me rappelle comment tout à commencer lorsque Bo Welch, le chef décorateur et moi dessinions nos idées sur des petits carnets. C’est une belle ivresse que de créer.

Pourriez-vous nous parler de votre partenaire à l’écran, Natalie Portman dont votre personnage tombe amoureux ?

CH : C’était vraiment simple de tomber amoureux d’elle car elle est belle et talentueuse. Nous sortions tous les deux d’entraînements intensifs. Elle pour son rôle dans Black Swan et moi pour avoir la carrure musclée du personnage. Nous nous amusions à comparer nos régimes respectifs. Elle a un sens de l’humour incroyable. La dynamique de nos deux personnages était très intéressante, Thor avait besoin de Jane Foster car il se retrouvait seul sur Terre et elle avait besoin de lui car il caractérisait son obsessionnelle théorie.

Pensez-vous que Thor est au-dessus des Avengers puisqu’il est un dieu ?

CH : Je rêvais comme tous les enfants d’être un super héros. Mais ce qui est intéressant avec le personnage de Thor c’est que même si les fans le connaissent, il subsiste tout de même une part de mystère car il est moins connu que les autres super héros. Cela nous a permis à Kenneth et moi de ne pas en faire un remake et de créer quelque chose de nouveau. C’est vrai qu’au sein des super héros de Marvel, il a une place toute particulière car il s’agit d’un dieu. Mais ce qui m’a surtout intéressé dans ce personnage ce n’était pas son côté divin mais plutôt son humanité. Nous avons voulu faire en sorte qu’elle nous soit proche et que le public l’a comprenne. Nous avons simplifié cet univers. Vous vous doutez bien que je n’ai pas pu faire de recherche, je n’ai pas pu interroger de Dieu, je me suis donc inspiré des comics de Marvel. L’important c’était d’aborder à travers ce Dieu les relations entre père et fils, entre frères, les relations amoureuses. Nous nous sommes attachés à humaniser le personnage et non à le rendre divin.

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