Shiver est l’une de ces personnes pétries de talent que je m’évertue à mettre en avant sur mon blog. Après maintes supplications et sacrifices de poulets, découvrez ce faiseur d’images multi-tâches.

A l’origine des premiers design de SHUNRIZE, à l’époque où il était sous Rapidweaver et de ma formation au langage HTML/Photoshop, Shiver est surtout un bouillonnant créatif. Photographe, retoucheur photo, animateur 3D, illustrateur 3D, infographiste, monteur vidéo, web-designer, développeur web, directeur artistique… Difficile à qualifier tant il possède de cordes à son arc. Dans sa quête de l’esthétisme parfait, il n’a de cesse de se perfectionner, de se renouveler.

Pourrais-tu te présenter ?

Indépendant autodidacte, la curiosité a guidé mes pas dans différents domaines. Je n’aime pas trop faire du name dropping mais pour résumer en quoi consiste mon job, je dirais que je travaille en tant que créatif sur différents projets pouvant passer de la retouche photo au webdesign en passant par la direction artistique et marketing d’une campagne (spots pub radio/tv, pub internet/presse, affiches…)

Qu’est-ce qui t’a amené à faire des images et à les retravailler ?

Une école d’Arts Graphiques, des rencontres avec des photograveurs pointus, un oncle passionné d’image et de photo, une attirance pour le beau. C’est un résumé de mon parcours, qui a parfois pris des directions curieuses, mais finalement pas tant que ça.

Tes sources d’inspiration ?

La fragilité de l’être et l’émotion qu’un corps peut véhiculer. Étrangement, les passages à vide d’une vie peuvent inspirer beaucoup plus que le bonheur. Je n’ai de mémoire pas été aussi inspiré que dans ces périodes sombres.

De quelle manière ton choix se porte-t-il sur l’utilisation du noir & blanc plutôt que sur la couleur ?

Tout d’abord, quand j’ai commencé, j’utilisais du film, et un reflex, donc il fallait choisir avant de commencer ses photos sur quel film shooter. J’ai eu ma période noir et blanc. D’ailleurs, j’ai fini par ne voir que l’image noir et blanc finale quand je prenais les photos. Comment la lumière peut lécher une peau, une nuque, raser sur l’épaule… Le modelé était important, la densité également, tant dans la scène que dans l’image que je voulais atteindre.


Il y a beaucoup de sensualité à travers tes photos. Que souhaites-tu faire partager ? D’où provient cette attirance pour la photographie de nu, de charme ?

Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel je me trouvais, cela motivait mes envies, mes idées. J’avais surtout envie que la personne me donne une partie d’elle pendant l’espace d’un instant, qu’elle s’abandonne et qu’elle perde totalement ses repères qui la conditionnent dans sa vie courante. Comme si l’on avait passé une porte et que de l’autre côté elle était nue, avec sa vérité, son âme et sa beauté la plus évidente que seuls l’intimité et la confiance permettent d’atteindre.

Quel est ton regard sur la recrudescence d’amateurs se revendiquant comme photographe « professionnel » ? Selon toi, quelle est la qualité essentielle d’un bon photographe ?

J’ai toujours aimé lire et entendre quelqu’un dire « je suis photographe professionnel », c’est comme si quelqu’un disait, « je suis boucher professionnel ». Soit tu es photographe, sois tu aimes juste faire des photos, ce qui n’est pas incompatible avec le métier d’ailleurs. Le problème est que les photographes amateurs, en tout cas de ce que j’ai vu, avaient tendance à ne parler que de matériel. Or, la photo c’est un regard, une vision personnelle du monde, de l’instant. Peu importe d’ailleurs les moyens qu’on a à notre disposition pour faire ses images. L’important est de faire ses images, en bricolant ou non, comme je l’ai souvent fait. La qualité essentielle, pour moi, est de choisir. Choisir son sujet, choisir le moment où appuyer sur le déclencheur et choisir l’image qui fonctionne. Le choix est définitif, c’est ça qui est beau. On a choisi pour de bon l’image, qui s’imprime et qui restera.

Quelles sont les conditions optimales pour qu’une séance photo soit réussie ? As-tu déjà été confronté à des situations atypiques?

La complicité, l’abandon, le feeling. Tout ça est conditionné par la confiance. Et quand je shootais en argentique, je n’avais pas la possibilité de montrer ce que je veux au modèle, elle me faisait confiance sur ma façon de voir les choses et de les dévoiler. Une fois, lors d’une séance photo avec un modèle, je lui ai dit de fermer les yeux, il n’y avait presque pas de bruit. Ça parait tout bête comme ça mais vous allez comprendre… Retrouvez-vous dans l’obscurité avec quelqu’un qui n’est pas intime avec vous, votre visage réagit au moindre bruit, au moindre courant d’air que vous sentez glisser sur votre visage. Tous vos sens sont en éveil. Je lui ai parlé pendant qu’elle avait les yeux fermés. Au fur et à mesure qu’elle m’écoutait, elle se détendait, commençait à être elle, laissant tomber sa défense, ses réflexes, ses repères également. Elle était avec moi, l’espace d’un moment, elle ne jouait plus. Puis, elle ouvrit les yeux. Le temps s’était arrêté pour nous deux, elle n’a jamais été plus belle que maintenant à mes yeux car elle était elle. J’ai pris une seule photo.

Bien qu’on te l’ai déjà proposé pourquoi n’as-tu toujours pas exposé tes photos ?

Par manque de confiance sûrement, et peut-être par pudeur. C’est étrange car beaucoup de gens ont vu mes photos sur internet mais les exposer dans un lieu où le jugement est immédiat ne m’a jamais vraiment séduit, en tout cas pour l’instant. J’étais je pense encore trop attaché à ces images.

As-tu des regrets en matière d’image ?

Il y a trop de choses à capturer, trop d’image à créer, si l’on commence à y penser, on peut vite être découragé. Je ne fonctionne qu’à l’instinct.

Parmi tous les portraits que tu as réalisés, lequel t’a le plus touché ? Tes expériences les plus marquantes ?

Tous les portraits ont leur importance, car c’est un instant, parfois très court, donné par la personne qu’on cueille. Je ne peux nier ma préférence pour certaines images telles que celle dont j’ai parlé.

Tu as co-rédigé un livre consacré à la retouche Photo sur Photoshop paru aux Éditions Eyrolles, peux-tu nous en parler ? Est-ce que tu souhaiterais renouveler l’expérience ?

L’expérience était intéressante, flatteuse de surcroit mais un peu spéciale. J’aime partager et surtout apprendre les choses que j’ai appris aux gens que j’apprécie. Le livre c’est différent car on ne sait pas comment c’est perçu, si tout est clair. J’ai tenté de l’être mais je vous rassure, ce n’est qu’une partie du travail, le reste est secret. Mine de rien, c’était un travail important car j’ai décortiqué tout le travail depuis les corrections client au résultat final, en faisant les captures des étapes, des courbes… Bref, ça risque d’être chiant si je continue.

Alors que tu travailles énormément et dans divers domaines, il n’y a que des photos et quelques travaux de retouches sur ton site, tu y fais d’ailleurs très peu d’update, peux-tu nous en donner la raison ?

C’est par manque de temps et aussi parce que je fais beaucoup moins de photos qu’avant. Je n’ai peut-être plus trop l’envie de photographier comme j’ai pu le faire il y a quelques années. Comme c’est souvent par période, je prendrai le prochain train.

Comment concilies-tu créativité et contraintes professionnelles ?

Mal, car on a besoin d’être disponible dans sa tête pour créer, pour imaginer.


Photographe, Retoucheur photos, Animateur 3D, Illustrateur 3D, Infographiste, Monteur vidéo, Webdesigner, Développeur web, Créateur de sites… Tu es multi-tâches et autodidacte. Qu’est-ce qui te pousse à en faire autant ? Et si tu ne devais choisir qu’une seule de ses activités ?

C’est la curiosité. Et un peu d’acharnement également à vouloir réussir des choses dont je suis à la base incapable. Ensuite tout est une question de période comme je l’ai dit. J’ai eu une période où la 3D prenait énormément de place dans ma vie et puis, j’ai eu envie de passer à autre chose ensuite. Ça tourne comme ça.

Sous quel environnement travailles-tu et avec quels logiciels ? Quel genre de musique écoutes-tu quand tu bosses ?

Sur mac depuis que je suis ado. J’ai eu la chance d’avoir un prof remplaçant à l’École d’Arts Graphiques qui était Hacker à ses heures. Il avait des disques dur remplis de tous les logiciels multimédias sur mac du moment. J’ai dû tous les expérimenter, bidouiller avec, créer, comprendre. Ça passait de la 3D à la musique, c’était une des choses qui m’a vraiment poussé à apprendre encore et encore. Les softs utilisés depuis quelques années : Photoshop, Illustrator, InDesign, Maya, Strata, Form-z pour son rendu à l’époque, Shake, et bien d’autres, la liste risque d’être longue. La musique que j’écoute dépend du degré de concentration dont j’ai besoin. Mais globalement j’écoute pas mal Nova, ça varie entre soul, pop, électro, vieux rock, vieux funk, vieux rap, Jazz… Plein de choses finalement. FIP aussi mais c’est surtout parce que les pubs quand tu bosses ça gonfle.

Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite se lancer sur la même voie ?

Je lui dirais qu’il faut bosser, faire, apprendre, refaire, jeter, et surtout ne pas se contenter de ce que l’on a fait, surtout quand on vient de le faire. Par exemple, laisser reposer ses yeux et sa tête une journée avant de reprendre ce qu’on a produit, parfois, on se rend compte que ça ne fonctionne pas comme on l’a cru.


Qu’est-ce qui occupe ton temps libre ?

Je me balade, fais les brocantes à la recherche d’objets anciens, de mobilier 50s 70s… Un peu de ciné, quelques sorties entre amis, une vie assez banale.

Quels sont les sites que tu fréquentes avec assiduité ?

J’ai quelques sites très intéressants comme FFFFound, 72dpi, ilovehotdogs, et quelques sites d’actus mac histoire de voir ce qu’ils vont nous sortir de sympa ou non bientôt.

Ton dernier coup cœur ciné ?

Alors le dernier film vu dimanche était : LES PETITS MOUCHOIRS. J’ai beaucoup rit, j’ai été ému aussi mais j’ai trouvé la fin tirée en longueur pour faire chialer un max. Ça m’a dérangé que ça soit aussi différent du reste du film qui a beaucoup de qualités.

8 Réponses

  1. Delphine

    Merci pour l’interview…Sinon on a déjà dit à Shiver qu’il était le sosie de Chris Isaak ? (désolé pour ce commentaire => Je sors…)

  2. Amandine

    Les photos sont vraiment chouettes.
    Un site a mettre dans les favoris

  3. Val

    Son oeil aguerri a su capter le meilleur de mon faciès et je lui dois mes plus belles photos. Depuis le temps que je voulais le mettre en avant sur le site 🙂

    • damien

      Oui d’ailleurs la photo en question qui illustre l’article est vraiment magnifique !!

  4. damien

    Interview passionnante d’un passionné pétri de talent !!
    Les photos sont vraiment très belles …