On ne cesse de vous le dire sur Shunrize, l’Hexagone pullule de personnalités talentueuses qui ne demandent qu’à être mises sur le devant de la scène. Cette semaine, le réalisateur Joé Rimet entrebâille les portes de son fascinant univers artisanal pour nous parler notamment de son dernier court-métrage, MONGREL.


Joe Rimet Piache dans son atelier

Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ?

J’ai toujours été attiré par les arts et toujours eu l’amour de raconter des histoires. Enfant, je voulais être écrivain, j’inventais des personnages et faisais des petits dessins pour les illustrer. L’écriture est très souvent la base de mes créations, Je me suis très vite fasciné pour l’image en mouvement, dès dix ans armé de la caméra familiale j’ai filmé mes premières « œuvres » avec des petits personnages en pâte à modeler, J’ai découvert que lorsque l’on bougeait image par image une petite marionnette et que l’on passait le film à l’accéléré elle paraissait bouger toute seule… Je l’ai eu un peu mauvaise quand j’ai appris que Méliès m’avait piqué l’idée 100 ans plus tôt !
Au collège, je réalisais tous les ans des petits films pour mes camarades de classe qui étaient mon public. Vu que je dessinais beaucoup, je me suis dirigé vers les arts graphiques, J’ai appris à me servir de logiciel tel que Photoshop, cela m’a été bien utile par la suite. Un CAP en poche, j’ai monté l’association CamérArt et récolté des fonds pour investir dans du matériel professionnel en vue de réaliser des films de plus grande envergure. En parallèle, j’ai monté une section film d’animation à l’école municipale des beaux-arts d’Allevard où j’ai enseigné le stop-motion durant 2 ans. Je suis autodidacte en ce qui concerne l’animation, j’ai appris dans des livres et sur le tas. L’enseignement m’a permis de booster ma soif de découverte pour offrir des cours riches et variés. Avec mes élèves j’ai réalisé le premier court-métrage LE MUR qui bénéficia d’une promotion nationale en récoltant une dizaine de sélections en festivals. Insatisfait de cette première œuvre, je m’attèle alors à la réalisation d’un court-métrage plus ambitieux qui prendra 3 ans de ma vie, MONGREL. Aujourd’hui, j’ai enfin terminé ce court-métrage et continue à enseigner l’animation auprès des enfants avec un atelier itinérant, je fais également diverses prestations types films de spectacles, films institutionnels, missions de graphisme.

Parle-nous de ton association CamérArt

CamérArt est Une association fondée en 2006 qui a pour but la promotion de l’expression artistique et l’enseignement. Elle a à son actif une quarantaine de films d’atelier, deux courts métrages aboutis ainsi que quelques spectacles pour enfants. En 2012, elle a porté en association avec Sabrina Debacker le premier festival d’adaptation cinématographique L’écran s’écrit.

Quelle a été la genèse de MONGREL ?

Un soir d’orage, je rentrais chez moi et j’ai eu la vision d’un vieux chien trempé inerte sous la pluie. Que faisait-il là? Pourquoi était-il seul ?… Il fallait que je trouve des réponses à toutes ces questions. C’est donc tout dégoulinant que j’entrepris d’écrire ce poème. Peu à peu, la mort esquissait sa silhouette et se rapprochait de la pauvre bête. Au fur et à mesure que j’écrivais des images venaient me traverser l’esprit, j’étais en proie à des questionnements existentiels dont il fallait que je me débarrasse. L’écriture aide à tout cela, et être tout mouillé un peu aussi peut-être… Finalement, j’ai supprimé la pluie lors de la création du story-board, trop compliqué à mettre en place en stop-motion et pour pas grand-chose en plus. Je voulais que ce film reflète des sentiments bruts et simples à la fois. J’avais un besoin viscérale de m’exprimer sur la mort, l’utilité de la vie, les choix que l’on doit faire, leur importances et leur répercutions. Je suis une vraie éponge et absorbe les images des souffrances du monde et des gens sans jamais les recracher. Lorsque j’arrive à saturation, je dois impérativement créer, Concevoir quelque chose de joyeux ou de mélancolique, sans quoi je pourrai sombrer dans une profonde dépression. MONGREL, en somme, ce sont tous ces sentiments que je ressentais à ce moment-là qui transparaissent dans le film. Le plus difficile c’est de garder ces émotions intactes dans un coin de sa tête durant 3 ans pour enfin les voir naître à l’écran et s’en libérer.

Ta référence ciné en matière de stop-motion ?

Mes premières influences ont étaient les films de Nick Park (NDLR : créateur de WALLACE ET GROMIT) , bien que je bidouillais l’animation avant de l’avoir découvert. Si on remonte à la source c’est dans un simulateur de parc d’attraction que j’ai flashé tout jeunot sur le film en pâte à modeler qui y était diffusé. En rentrant chez moi j’ai voulu faire pareil et reconstituer le manège. Me rappelant encore aujourd’hui de cette magie, je crois qu’aujourd’hui encore j’aimerai le faire, en fait c’est un projet top secret. Sinon, l’école nous avait emmené voir THE NIGHT BEFORE CHRISTMAS d’Henry Sellic et Tim Burton, je me souviens aussi de cette expérience magique, dès que je voyais de vraies textures et de vraies marionnettes s’animer à l’écran mon cœur battait la chamade. Je n’ai jamais vraiment décroché depuis.

Qu’est-ce qui te plait dans cette technique d’animation ?

J’aurais aimé être à cet âge d’or du cinéma où chaque jour était fait de découvertes. Une époque où tout était à faire et durant laquelle les gens se fascinaient beaucoup plus devant cette magie qui parait si simple maintenant. A l’ère de la 3D, les gens sont trop gavés d’images et ont du mal à l’apprécier à sa juste valeur, C’est pour cela que j’ai choisi cette technique qu’est le stop-motion. Avec l’arrivée massive des images de synthèse des années 90/2000, tout le monde pensait que la 3D allait étouffer la 2D traditionnelle et la marionnette. A ce moment-là, l’animation stop-motion connu quelques jours sombres, Tout le monde voulait du numérique et se désintéressait de cette technique « old school » totalement dépassée. Aujourd’hui, c’est le contraire, le stop-motion revient en force et a de beaux jours devant lui car les gens reviennent vers l’artisanat. Lorsqu’un film en marionnettes sort on en parle un peu partout et les gens sont d’autant plus impressionnés par ce travail manuel car cela leur parle, Tout ce qui est à l’écran est réel, en trois dimensions que l’on peut toucher. Toucher un film n’est-ce pas magique? Et nous voilà revenu à la belle époque de Méliès où l’on se fascine pour le cinéma et les effets spéciaux. Il faut juste faire attention à ne pas vouloir copier la 3D, De nos jours, les deux techniques ont tendance à se rejoindre, le stop-motion atteint un tel niveau de perfection… C’est pourquoi, j’essaie de préserver les quelques défauts qui font son charme, sans retoucher massivement par ordinateur pour se rapprocher d’un rendu 3D. D’un autre côté, le stop-motion a tellement le vent en poupe que des films en 3D cherchent à l’imiter, on se mord la queue… Maintenant ces trois techniques 2D, 3D et stop motion sont des techniques à part entière, complémentaires, et redeviennent de bonnes amies.

Parle-nous du tournage de MONGREL,  quelles difficultés as-tu rencontré ?

Le plus difficile sur un tel projet échelonné sur 3 ans c’est de tenir le coup, de ne rien lâcher et de rester fidèle au sentiment de départ. Vu qu’il s’agit d’un film fort en émotions, garder le sentiment premier qui fut la genèse du film pendant 3 ans est un exercice épuisant émotionnellement, intellectuellement et physiquement. Pour parler des difficultés techniques, chaque plan est un défi en soi. Il a fallu fabriquer une machinerie complexe pour créer les divers mouvements de caméra. Il y a aussi des installations électriques compliqués et des moulages. A chaque défi en réalité, il faut prendre une grande inspiration, se lancer, et se dire que ça va marcher. La perte d’espoir nuit gravement à la créativité et à l’aboutissement du travail.

As-tu eu recours à beaucoup de retouches / effets spéciaux en post-prod ?

Voilà encore un long travail bien que l’idée première était d’avoir à faire le moins de retouches numériques possible. En fait, le but est que les photos d’origines soient le plus « propres » possible afin d’éviter les fameuses retouches qui lissent l’image au détriment de la texture et des petits défauts naturels propre au stop-motion. Je ne parlerai donc pas vraiment de retouche mais d’étalonnage des couleurs et de compositing sur After Effects. J’aime l’idée que tous les éléments à l’écran soient réels, les incrustations sur fond bleu ou vert permettent des résultats fantastiques, je me limite à cela.

MONGREL possède sa page sur le site de crowdfunding Ulule. Le court-métrage étant terminé, à quoi servira l’argent récolté ?

Le film étant fini, je cherche actuellement du financement pour lui offrir une promotion internationale. Pour qu’il soit vu par le plus grand nombre de personnes, il faut avoir à disposition un certain budget. Il servira aux envois dans les festivals, les impressions d’affiches et de flyers, les DVD, la création d’un DCP, de T-shirt… Tout cela aidera « Mongrel » à être côte à côte avec les plus grands films produits et lui laissera une chance de faire une belle carrière promotionnelle.

Des projets ?

Actuellement, j’ai un projet de publicité que je ne peux pas encore dévoiler pour l’instant. J’écris également plusieurs scénarios de long-métrage car j’aimerai m’atteler rapidement à des films plus long avec des acteurs en chair et en os pour changer!

Tes derniers coups de cœur ciné ?

Je dois avouer que pour avoir vécu un peu comme un ermite ces derniers temps. Je ne me suis pas tellement cultivé, mais je vais me rattraper. Pour parler animation stop-motion, je me suis bien amusé devant le film PIRATE des studios Aardman. Le reste de mes récentes découvertes est un peu plus « underground ».

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