J’ai découvert Ilan Evans en mars 2008 lors d’un concert donné à l’Opus Café. Séduite par l’énergie qu’il déploya sur scène, je suis retournée le voir au Trabendo quelques mois plus tard. Aujourd’hui, il forme avec le guitariste rock Cyrille Jakob le groupe EYEJACK. Un duo détonnant qui a su se jouer de ses différences pour ravir nos oreilles.

Leur album est désormais disponible chez tous les bons dealers de son. Au programme : 10 chansons originales et « Heaven Helps », un gospel emprunté à Stevie Wonder. Gros coup de cœur par ici pour « Just about the sun », « No rise without the fall » et « Before i met you ». En attendant de pouvoir l’écouter tranquillement chez toi, faisons connaissance avec Ilan.

Tes premiers pas dans la musique ?

Issu d’une famille aux origines diverses, j’ai été bercé aussi bien par la musique classique, la chanson française et le jazz que ma mère écoutait beaucoup que par les musiques Caribéennes dont mon père raffolait. J’ai commencé a prendre des cours de piano à l’âge de 5 ans et demi. J’étais très doué mais aussi très fainéant. Je ne bossais pas chez moi ou alors faisais semblant. Cela a été mes vrais premiers pas dans la musique. Je n’aimais pas tellement le système de notation, de contrôle etc… du conservatoire. J’envisageais la musique comme quelque chose d’amusant et qui fait rêver pas comme une école bis avec des instruments à la place des cahiers.

Tes premières émotions fortes en musique ?

Ma première émotion forte vient d’une représentation de « La flûte enchantée ». Pourtant, j’y suis allé à reculons car je voyais les chanteuses d’opéra comme de grosses dames hystériques qui coupaient l’air de leurs sons stridents. Sur place, l’endroit m’a fasciné. Se retrouver, si jeune, dans un opéra. Voir ces gens costumés, danser, jouer la comédie, chanter. Il y avait une forme tellement complète dans ce spectacle sur scène que j’ai été soufflé ! Je me suis dis : « moi aussi, un jour je veux pouvoir faire comme eux« . Dans mon imaginaire d’enfant, ils avaient l’air d’une bande de gens qui vivaient leur vie, à part. Du coup, mes premières influences peuvent être trouvées déjà dans la musique lyrique et le théâtre. Plus tard est venu l’amour de la voix. Mon père m’y a amené, je lui piquais ses disques. Ray Charles, Thelonious Monk, Sarah Vaughan, Nat King Cole etc… Un jour, je lui ai pris Nina Simone. Une voix, une intensité, une chaleur, une force et en même temps un vibrato qui parfois s’écroule comme une faiblesse. Bref, une voix comme rarement on en découvre et qui nous touche si profondément, au service de paroles de toute beauté. Mes premières émotions fortes, c’est la découverte de voix qui m’ont bouleversé, des voix très différentes, celle de Nina Simone bien sûr mais aussi des voix lyriques, comme celle par exemple du ténor Frano Corelli, dont les aigus me serre le ventre. Puis enfin, celles de chanteurs comme Freddie Mercury, Terence Trent d’Arby, George Michael, Stevie Wonder et bien sur Michael Jackson.

Les rencontres marquantes de ton parcours ? Comment s’est faite celle avec Cyril, l’autre membre d’EYEJACK ?

Il y en a eu plusieurs, c’est un long chemin. J’ai donc commencé par le lyrique, je voulais faire une carrière sur scène, devenir le premier artiste lyrique de ma famille, histoire de m’éloigner de la médecine que pas mal pratiquent autour de moi. Puis, j’ai commencé les cours de chant avec Mila Lumbroso qui m’a elle même présenté son neveu et pianiste jazz Alexandre Saada. C’est avec lui que j’ai commencé à m’éloigner du lyrique pour bosser des standards de jazz mais aussi de soul. Rapidement, nous avons fait quelques concerts, c’était le début de la vie musicale. Je faisais de la mode à côté, mais pour moi la musique et le jeu restaient définitivement ce que je voulais faire. Quand j’ai recroisé Cyril, il m’a parlé de chansons, il ma dit qu’il avait envie de faire de la musique avec des gens qui n’avaient pas le même background que lui ni les mêmes goûts musicaux, pour voir. On a commencé à se voir pour jammer, écouter mes trucs et ses trucs. Et c’est ainsi que la collaboration a commencé avec pour seul mot d’ordre : se faire plaisir et faire de la musique qui nous plait a tous les deux.

Cyril a une sensibilité plutôt rock et toi plutôt soul. Comment conciliez-vous les deux ?

Cyrille est effectivement très rock. Il a passé son adolescence a admirer et s’exercer avec ses « guitar heros ». Il aime des gens tels que Aerosmith, Metalicca… Mais bon, certains artistes nous permettent de nous retrouver, des gens comme Lenny Kravitz ou encore Red Hot qui sont des groupes de rock mais qui groovent. Un côté funk assumé chez Red hot et une soul assez présente chez Lenny. Notre musique est une fusion de ces genres musicaux que nous aimons. C’est une sorte de Soul qui rocke avec des grosses guitares et même des voix assez agressives par moment ou un rock qui groove qui laisse beaucoup de place à des chœurs presque gospelissants ou à des influences soul 60’s, un peu dans la façon dont sont traités certains instruments et sons. EYEJACK c’est du soul/rock !


EYEJACK ?

C’est d’abord un jeu de mot, phonétiquement highjack veut dire prendre en otage, détourner quelque chose etc… Écrit comme le nom du groupe EYEJACK cela veut dire capturer l’attention des gens. Quoi de mieux pour un groupe qui a la prétention de devenir un groupe scénique à part entière que de capturer l’attention du futur public. On aimait la signification de ce mot. Qui plus est, nous cherchions une fusion dans notre musique mais aussi dans notre nom. Eye, c’est la première lettre en anglais de mon prénom et Jack, une partie du nom de Cyrille. EYEJACK, c’est un morceau de Cyrille et un de moi.

Les choristes qui t’accompagnent sur scène, ont-ils donné de la voix sur votre album ?

Suivant la taille des scènes et évidemment du budget des salles qui nous reçoivent, le groupe change. Les Choristes qui nous suivent sur scène depuis le début sont devenus des amis et ont leur projet à côté, comme Shaileen soulfusion. L’album, nous l’avons enregistré avec une équipe d’exception à Londres l’été dernier sous la houlette de Sophie Delila, une jeune française productrice installée à Londres mais aussi de Jon kelly, un sound engineer qui a bossé notamment pour Kate Bush. Ils nous ont concocté une équipe de musiciens ô combien talentueux pour jouer sur l’album : Derrick, le batteur de Jamiroquai, Simon qui fait les arrangements de cordes pour Seal, Bjork et tant d’autres. Malgré cette équipe d’exception, nos amis parisiens ont quand même participé à ce CD. Shaileen est venue poser des voix, Georgina, une autre choriste, Nicolle Rochelle, Paulo Goude ont également participé à l’aventure. Cet album produit par la crème de la musique anglaise a aussi des airs d’album d’amis car ils ont pu faire partie de ce projet.

Après un concert, Shaileen assure la promotion du CD d’Eyejack

 Comment se déroule le processus d’écriture ?

Cela part toujours de la musique. Cyrille se met à la guitare ou je me mets au piano et on jamme, on essaye des choses. Cyrille a une idée, il me la joue, j’essaie d’apporter ma touche et vice et versa, on fait un peu tout ensemble. Il n’y a pas de rôle très défini, c’est une potion que nous remuons ensemble jusqu’à ce qu’elle ait l’air magique pour nous deux.

Vous avez enregistré un album grâce aux Internautes producteurs du site My Major Company. 

Oui. On commençait tout juste les concerts devant les amis. C’était à quelques semaines de l’ouverture du site de MyMajorCompany. Nous avons réuni tout le monde, les amis, la famille, les copains des copains et nous avons donné notre premier concert à l’Experimental cocktail club. On présentait enfin nos chansons à nos proches. Parmi ces amis d’amis, il y avait Michael Goldman. A la fin du concert, il nous a approché pour nous expliquer ce nouveau concept. Après en avoir parlé un peu avec nos amis, certains étaient très enthousiastes. Je vais te produire etc… On s’est dit que ça pouvait être une belle aventure. Surtout en sachant que notre projet était en anglais et posait problème pour démarcher les majors. Ici, si les gens aimaient ce que nous faisions, ils nous produisaient. Cela nous offrait une plus grande liberté artistique.

Cyrille, Ilan et Georgina à l’Opus Café

Comment s’est passé l’enregistrement de votre premier album ? A quoi ressemble-t-il ?

On l’a enregistré à Londres pendant deux mois, durant l’été 2009. On voulait un album avec des titres, des compos fortes, pas juste un album qui soit à la mode de par le son et les machines utilisées. On voulait quelque chose de très joué avec une couleur 90’s mais pas dans le mauvais sens du terme. Des albums de référence tels que Simply Red, voire comme Jamiroquaï, Desree, des références beaucoup plus britanniques qu’américaines. Nous sommes assez contents de la couleur de cet album qui mélange réellement ce côté soul, au côté rock, les titres sont très produits mais ont tous été pensés acoustique avant. Certains titres sont plus soulful voire même crooner sur un des titres pianos. D’autres beaucoup plus pêchus, agressifs comme « Be my Lady », le dernier morceau « Dance with me » est comme la porte ouverte à de nouveaux horizons. Il n’annonce pas forcément la couleur du prochaine album mais il est une fenêtre pour s’évader et dire que ça aussi c’est Eyejack. Malgré le côté un peu free jazz, grosse boucle de batteries et le rap avec l’intervention de Paulo Goude.

L’énergie déployée lors de tes live est impressionnante. Quelle drogue prends-tu ?

Je ne prends pas de drogue ! Je suis la drogue 😆 Plus sérieusement, je ne prends rien avant de chanter car j’ai la voix fragile. J’essaie d’être sage avant les concerts. Bien dormir et bien manger afin d’être en forme pour assurer le show. Rien ne me donne plus de force et d’envie que les gens qui se déplacent pour nous voir. Leur énergie est ma drogue !


Qu’écoutes-tu en ce moment ?

J’écoute beaucoup Sia, parce que c’est une artiste qui me touche particulièrement depuis des années et j’adore son dernier album. J’écoute aussi Dan black pour ses prods que je trouve extraordinaires. Je ne comprends pas que ça ne soit pas une méga star encore. Sinon, Rox avec qui je rêve de chanter et un petit groupe américain Sonnymoon que j’écoute sur mon iPhone en boucle !

Qu’est-ce qui occupe ton temps libre ?

Ne surtout pas tourner en rond. J’ai besoin de voir des gens, des gens que j’aime, mes amis, des soirées de longues discussions à refaire le monde mais aussi des gens nouveaux, aller à un happening dans un coin paumé du 20e puis aller au théâtre, à des fêtes, voyager. Je pense que c’est aussi tout cela qui nourrit la musique.

Un dernier mot ?

Je voudrais parler de notre amour de la scène et le regret de ne pas pouvoir en faire encore et toujours plus. Nous pensons que d’avoir enregistré cet album dans des conditions si idéales c’était génial. Mais ce qui le sera encore plus c’est d’aller le défendre partout en France et ailleurs. Pouvoir convaincre les gens, les embarquer avec nous dans cette aventure, voilà ce qui est primordial pour nous ! Ça et manger du nutella sur des biscottes trempées dans un verre de lait froid le dimanche matin.Voila… et la drogue bien sur 😆

Crédits Photos – © Rémi Poulverel – Hugo Eynius et Maxime Liautard – Alexis Denise

4 Réponses

  1. Amandine

    Je viens tout juste de télécharger l\’album, je suis trop fan. Ça fait plaisir d\’en savoir un peu plus sur le bonhomme 🙂

  2. Stéphane

    Hâte de vous voir mettre le feu en concert.
    Attention, EYEJACK débarque !!!!

  3. Helena

    Il est sublime et surtout a une voix comme j’en ai rarement entendu ! Eyejack en force !