Lorsque l’argent fait défaut et qu’il n’y a pas l’ombre d’un scénario à l’horizon, il faut vraiment avoir perdu tout sens commun pour se dire un beau matin « Et si on tournait un film dans un mois. » Pourtant, après Nicolas Bressier et son SNUFF FILM à 900€, le premier long-métrage de Christophe Berthemin qu’il a co-réalisé avec Dist de Kaerth, nous prouve une fois encore que tout est possible lorsqu’on s’entoure de personnes motivées et passionnées. Christophe nous en dit plus sur cet étonnant pari cinématographique.

Après RÉMI que tu as co-réalisé avec Romain Basset, ECHAP est ton second projet à quatre mains, comment s’est faite ta rencontre avec Dist de Kaerth ? Quelle a été la genèse de ce projet commun ?

C’est vrai que c’est la seconde fois que je vais vers la co-réa. Pour ÉCHAP, on s’est rencontré il y a quelques années avec Dist par une amie commune, Lavandra, qui joue d’ailleurs Eve dans le film. On a bu un coup à Nancy et on a continué à discuter un peu sur Facebook. Cette année, en parlant projets, on s’est rendu compte qu’on avait tous les deux le besoin urgent de tourner quelque chose. Dist est passé chez moi fin juin 2010 et on s’est dit qu’on tournerait quoiqu’il arrive début août, même si je n’avais pas encore écrit une ligne. Et c’est ce qui s’est passé… C’est assez étrange de se dire qu’ « Echap » n’existait même pas dans nos têtes il y a seulement cinq mois.

Sur le tournage comment a fonctionné votre binôme ?

Quand on a très peu de temps, être à 100%, c’est trop peu. A deux, on était donc à 200% et on avait besoin d’au moins ça. Je pense que sur le set, on a réussi à ne pas se dissocier l’un de l’autre pour n’être qu’une seule personne. Même sans plan de travail, vu qu’on imaginait le même film, tout s’est fait très logiquement et naturellement. On ne s’est pas pris la tête une seule fois tous les deux sur le tournage et ce, malgré nos tempéraments respectifs. Ce qui est vraiment bon signe. La preuve, on espère continuer avec cette formule. Le vrai souci entre nous est qu’il est plus grand que moi et donc j’ai l’air très petit sur les photos… Ça, ça craint vraiment…

Tourner en si peu de jours avec un budget quasi inexistant n’a pas du être de tout repos, qu’est ce qui a été le plus difficile à gérer sur le tournage ?

D’autant plus que les 1 500€ de budget ont servi au défraiement et au catering* (*NDLR : la bouffe). Comme sur tous les tournages, je pense que le plus dur à gérer est la fatigue. Ici, trois heures de sommeil par nuit. Ce n’était pas toujours évident de se focaliser sur tous les détails alors qu’on manquait vraiment de sommeil. C’est aussi là que le binôme s’est révélé important. Seul, je n’aurais pas pu le faire. Après, le film a été écrit en sachant que nous n’avions pas de sous et donc, c’était clair dès le départ. J’ai donc écrit une histoire qui se déroule dans un espace assez restreint et beaucoup en intérieur, pour ne pas avoir de mauvaises surprises avec la pluie, par exemple. Car même quand on n’a pas de producteur sur un film, il y en a toujours un qui ramène sa gueule : le temps.

Le choix de la B.O. est essentielle pour créer l’atmosphère d’un film, peux-tu nous parler de celle d’ECHAP?

Le score d’ « Echap » puise dans différentes ambiances. Il y a un côté indus dont nous sommes fans Dist et moi et qui ressort par exemple dans le thème qu’on entend dans la bande-annonce. Ça veut aussi dire qu’il y a pas mal de nappes et de voix en fond. En matière de bande-son, j’aime ce que font des gens comme Charlie Clouser, John Carpenter ou Tangerine Dream. Une des actrices du film, Noémie Alazard-Vachet, qui fait aussi beaucoup de zik est venue nous rejoindre quelques jours pour la BO la semaine dernière et elle a vraiment bien assuré. Il n’y a aucune limite, on peut faire ce qu’on veut donc ça vire même parfois à la noise bruitiste. Il y a aussi quelques chansons dans le film, dont une de « Cymbalta » (le groupe de Noémie et de Benjamin, son chéri), une de Ghillie Dhù et mon ami Julien Cassarino, le chanteur de Manimal qui compose le morceau du générique de fin. Ça va envoyer et on est vraiment content de la B.O.

Comment s’est déroulé le recrutement du casting ?

Le casting s’est fait pendant que j’écrivais le scénario courant juillet et c’est donc Dist qui s’en est chargé. Noémie est la première à être venue sur le projet, par l’intermédiaire de Cyril Lesage. Ensuite, Dist a proposé le film a des actrices qu’il connaissait par le X, dont Anna Polina, Graziella Diamond et Eliska Cross, que je ne connaissais pas avant le tournage. La seule que je connaissais bien d’avant le tournage était Lavandra May. Enfin, j’ai proposé un petit rôle à mon amie Lussi qui sortait tout juste de « La Nouvelle Star » et qui a bien voulu joué le jeu.

Être entouré de si jolies filles 24h/24 a du être une expérience inoubliable. Quel a été ton plus beau souvenir sur le tournage ?

Ça va être très con comme réponse mais le plus beau souvenir est d’avoir réussi à le faire dans ces conditions : cinq jours avec l’équipe plus une autre journée pour les plans additionnels, juste Dist et moi. C’était un vrai défi et au final, même si c’est beaucoup beaucoup de boulot, c’est ça le vrai cadeau et on l’a découvert pendant le montage des prises ou en matant les vidéos de making-of.

Eliska Cross, Graziella Diamond, Anna Polina, Noémie Alazard-Vachet et Lavandra May

L’intrigue d’ ECHAP tourne autour du spiritisme, est-ce c’est quelque chose auquel tu crois ? As-tu une anecdote à ce sujet à nous faire partager ?

Je crois en tout, même en Dieu parfois, c’est dire. J’ai une anecdote assez perso sur le sujet. Quand j’étais au lycée (il y a trèèèès longtemps donc), je suis sorti avec une fille qui faisait pas mal de spiritisme et avait un rapport étrange avec les esprits, on en fait quelques fois ensemble. Ma mère, elle, tirait souvent les cartes. Un jour, elles sont sorties toutes les deux et quand elles sont rentrées, ma mère m’a dit qu’à cause de son rapport au spiritisme, elles étaient allés voir un médecin chelou et que ce dernier avait « exorcisé » ma petite-amie. Le soir, en dormant avec elle, je n’étais vraiment pas rassuré et j’avais l’impression de sortir avec Linda Blair* (NDLR* : l’actrice principale de L’EXORCISTE). Sinon, croire aux esprits est la chose la plus rassurante du monde parce que ça voudrait dire qu’il y a une vie après la mort, car je ne peux pas concevoir le contraire. Le temps n’a d’intérêt que s’il est limité mais mon ego ne veut pas que ça s’arrête.

Le Teaser du film est désormais disponible sur le net, as-tu eu déjà des retours ? Comment se profile l’avenir pour ECHAP, des diffusions sont-elles prévues ?

Oui, le trailer a été vu 1000 fois en une journée sur YouTube. Le même jour, il a été posté en home page du site Mad Movies avec un article de Cédric Delelée que je remercie, ce qui nous a offert une plus grosse visibilité. Aussi, grâce à Facebook, beaucoup d’amis l’ont postés sur leur page et ça nous a permis d’avoir divers retours. Après, je dois t’avouer qu’autant l’avis sur le film m’importe, autant celui sur le trailer, je m’en fous. J’ai lu quelques bonnes remarques mais en règle générale, pour les films de genre, les gens sur Internet critiquent sans même prendre le temps d’être constructifs. Ça m’a donc amusé de lire que ça avait l’air z, que ça jouait « à la française » – cela dit, si les actrices avaient joué « à la togolaise », on aurait bien été emmerdé – ou encore que ça faisait cheap, ce qui doit être une faute de frappe car bien que ce soit les mêmes lettres, c’est échap, pas cheap… Enfin, le film sera fini courant novembre donc pour ce qui est des projections, on en discute en ce moment. Il y en aura une à Metz, une à Paris, et on ira défendre le film avec l’équipe partout où on voudra de nous. On va aussi commencer à démarcher les Festivals un peu partout parce que c’est là que vit un film de genre.