Dans le cadre de mon travail, il m’arrive parfois de découvrir des petites pépites que je n’aurais pas pensé voir au cinéma, LE PROMENEUR D’OISEAUX en est une. Premier réalisateur français à avoir tourné un film en Chine et en chinois, Philippe Muyl nous y raconte l’avènement d’une complicité entre deux générations et la mutation démesurée d’un pays, avec ses conséquences sur la famille et ses valeurs. Après LE PAPILLON, il nous offre ainsi un sublime voyage initiatique entre la Chine du 21e siècle et celle de ses campagnes. Une œuvre charmante que je vous invite à découvrir dès le 7 mai, jour de sa sortie en salles. En attendant, je vous propose d’en savoir un peu plus sur ce projet atypique.

Vous avez fait analyser votre script par une scénariste chinoise, qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans ses éventuelles annotations ?

Nous avons surtout discuté du rapport conflictuel entre le père et son fils. Je lui ai expliqué que chez nous, s’il y a ce genre de conflit, ils vont s’engueuler et éventuellement en venir aux mains. En Chine, cela n’est pas possible. Ils ne font pas ce genre de chose ouvertement et préfèrent se réfugier dans le silence. Dès lors, construire toute une dramaturgie avec des gens qui ne se parlent pas, cela devient forcément compliqué. Mais, j’y suis arrivé grâce au travail des acteurs, avec leur façon de se comporter l’un envers l’autre et des mots pudiques.

Quels autres obstacles avez-vous avez dû surmonter ?

Un film c’est déjà beaucoup d’obstacles mais ils ne sont pas venus du fait que je sois un français qui réalise un film en Chine et en chinois. Cela dit, niveau organisation, ils n’ont pas du tout le même sens du timing et du planning que nous. Beaucoup de choses sont faites à la dernière minute et cela peut entrainer des difficultés. Finalement, le gros challenge sur ce film a plutôt été d’ordre financier. Il y a beaucoup d’argent en Chine mais je ne sais toujours pas où le trouver. Et en France, même s’il s’agit de production franco-chinoise, on ne trouve pas un euros pour un film qui parle chinois.

En dépit de ses difficultés d’ordre financières, seriez-vous prêt à réaliser de nouveau un film en Chine ?

Oui, si la proposition est sérieuse et qu’elle vient de personnes bien établies sur le marché de la production. Il faut que ce soit un projet qui me permet de faire un beau film et pas un produit supposé rapporter de l’argent très vite. Pour ce film, j’ai beaucoup donné pendant presque quatre ans et je ne peux pas me permettre de refaire cela une seconde fois. Tout le monde était dans le même bateau : les producteurs chinois, les producteurs français et moi-même. J’ai bien aimé tourner en Chine et j’y reviendrais avec grand plaisir si c’est un projet correctement financé.

Quel regard portiez-vous sur la Chine avant ce tournage et quel est-il désormais ?

Je ne connaissais pas la Chine. J’en avais une image plutôt négative, liée à ce que je voyais à la télévision. J’ai fait la connaissance d’un pays, d’une société et d’un mode de vie. Aujourd’hui, j’en connais un peu plus sur ce pays même s’il me reste encore beaucoup de choses à découvrir.

LE PROMENEUR D’OISEAUX sort en France le 7 mai prochain, l’avez-vous déjà été montré en Chine ?

Il a fait déjà pas mal de festivals internationaux mais la sortie nationale est prévue le 23 mai prochain. Le marché chinois est un marché très dur. Là-bas, le public est jeune et plutôt intéressé par les blockbusters. Les premiers échos sont plutôt positifs et apparemment cela ne se voit pas que ce film est fait par un occidental.

Comment s’est passé votre incursion dans les villages de la minorité Dong ?

J’ai fait plusieurs villages et j’y suis allé à plusieurs reprises. On y passe d’abord quelques jours pour faire connaissance. Puis, on revient pour leur dire qu’on va tourner un film et enfin on fait des repérages. De toutes les façons, les gens dans les campagnes sont en général très accueillants. J’ai pu faire jouer des gens du village. J’aimerais bien retourner dans la province du Guangxi et leur montrer le film. Cela serait une sorte de politesse mais c’est entre les mains du distributeur chinois.

J’ai été bluffé par Yang Xin Yi qui joue la petite fille dans le film, elle est incroyable.

Pour pas mal de réalisateurs c’est souvent compliqué de tourner avec des enfants mais pas pour moi. J’ai une sorte d’autorité tranquille, je leur parle comme à des personnes et non pas comme à des bébés. Yang Xin Yi est adorable et intelligente. Elle a le sens de la caméra et du jeu. C’est plutôt agréable de tourner avec elle.

Parlez-nous du reste du casting.

La réussite de ce film tient beaucoup à ses acteurs. Nous avons rencontré le grand-père très tôt, avant même d’écrire le scénario. Li Bao Tian (SHANGHAI TRIAD) est un acteur très connu en Chine. Cela a été facile de le convaincre car il connaissait par cœur LE PAPILLON qu’il avait vu à trois reprises. Tout comme Michel Serrault, c’est un personnage assez entier. Li Xiao Ran (LES FILLES DU BOTANISTE) qui joue la mère a été choisie pour son naturel et sa finesse. Elle n’est pas dans l’exhibition de la beauté ou du star-système, tout comme Qui Hao (MYSTERY), qui joue le père. C’est un acteur assez discret. Pour travailler, j’ai besoin d’une bonne rencontre et la décision sur ces deux acteurs s’est faite rapidement.

D’ailleurs, cette retenue se retrouve dans leur jeu. C’est très différent de ce l’on peut voir habituellement dans les films asiatiques.

Justement. Ce weekend, j’ai découvert l’un des premiers films de Lu Chuan, THE MISSING GUN car j’étais juré au Festival de Pékin à ses côtés. Et effectivement, c’est un jeu expressionniste, un tantinet surjoué de notre point de vue. J’avais des appréhensions à ce sujet avant le tournage mais finalement les acteurs l’ont plutôt joué à l’européenne. J’ai eu beaucoup de chance. Le cinéma c’est de la chance, de la bonne santé et le reste c’est du travail.

Des projets ?

J’ai un projet français qui se dessine un petit peu. En Chine, j’attends de voir s’ils me disent que je suis le bienvenue pour un second film.

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