La semaine dernière, le réalisateur canadien David Cronenberg nous avait donné rendez-vous dans un grand hôtel parisien pour la conférence de presse de A DANGEROUS METHOD.

A l’origine de SCANNERS, LA MOUCHE, VIDEODROME ou encore plus récemment LES PROMESSES DE L’OMBRE, il est l’un de ces talentueux cinéastes qui ont marqué mon adolescence alors autant vous dire que la simple perspective d’être dans la même pièce que lui me ravissait au plus haut point. De passage dans notre capitale pour superviser la post-production de COSMOPOLIS, une adaptation du roman éponyme de Don DeLillo où officiera Robert Pattinson, le cinéaste en a profité pour assurer la promotion de ce drame historique qui sera à l’affiche ce mercredi. Ainsi, durant près d’1 heure, nous avons bu les paroles d’un réalisateur vraiment pas comme les autres.


L’histoire

Zurich, 1904. Carl Jung (Michael Fassbender), 29 ans, psychiatre, est au début de sa carrière et partage sa vie avec sa femme, Emma (Sarah Gadon). S’inspirant des travaux de Sigmund Freud (Viggo Mortensen), Jung tente le traitement expérimental connu sous le nom de psychanalyse sur Sabina Spielrein (Keira Knightley), âgée de 18 ans. Sabina, jeune Russe cultivée qui parle l’allemand, a été diagnostiquée «hystérique», et a la réputation d’être agitée et violente. Lors de ses séances avec Jung, elle expose une jeunesse gâchée par les humiliations et une composante sexuelle sado-masochiste. Grâce à leur correspondance, Jung parvient à une grande complicité intellectuelle avec Freud, sur le cas de Sabina. Freud demande à Jung de traiter un collègue, Otto Gross (Vincent Cassel), toxicomane et amoraliste impénitent. Sous son influence, Jung va balayer sa propre éthique et se laisser aller à son attirance envers Sabina. C’est le début d’une liaison dangereuse dont les conséquences vont être aussi inattendues que fondamentales.

David Cronenberg, Viggo Mortensen et Vincent Cassel

Genèse

Pour son premier film historique, David Cronenberg a donc choisi d’évoquer par le prisme des relations passionnées qu’entretenaient ces trois éminentes figures de la psychiatrie, la plus grande bataille philosophiques de notre époque. A noter que si Sabina Spielrein ne jouit pas de la même renommée que ces illustres collègues, cette intellectuelle a mis en lumière son importante contribution à la psychanalyse, et, au-delà de son parcours académique, son influence dans les relations de Freud et Jung.

« Il y a 17 ans, la société de production de Julia Roberts a acheté les droits d’un essai universitaire intitulé A DANGEROUS METHOD écrit par John Kerr. Puis, elle a fait appel à Christopher Hampton pour écrire une adaptation qui la mettrait en vedette. Produit par la Fox, le projet qui s’appelait alors SABINA a été abandonné. Hampton s’est alors lancé dans l’écriture d’une pièce THE TALKING CURE qui reprenait cette histoire mais en laissant davantage de place au personnage de Jung… Parfois, c’est le sujet qui vous choisit. Connaissant Hampton depuis des années et sachant que Ralph Fiennes avec qui j’ai tourné «Spider» jouait dedans, ma curiosité était forcément attisée. En lisant la pièce de Christopher, j’ai trouvé la structure dramatique idéale qui me permettait d’évoquer la naissance de la psychanalyse moderne. « 

Michael Fassbender et Viggo Mortensen

Documentaire

Il était important pour David Cronenberg de coller au plus près de la réalité et il a fait appel à une équipe avec laquelle il travaille régulièrement. Dès lors, la décoratrice Carol Spier (SILENT HILL), le maquilleur Stephan Dupuis (LA MOUCHE, TOTAL RECALL), le directeur photo Peter Suschitzky (LE FESTIN NU), la costumière Denise Cronenberg (DEAD SILENCE) se sont beaucoup inspirés des photographies d’époque pour recréer notamment les bureaux de Freud et Jung. Quant au scénario de Christopher Hampton, il s’appuie non seulement sur l’essai de John Kerr mais aussi sur des citations et des correspondances de ces personnages historiques.

« Ces hommes étaient très obsessionnels, ils consignaient tout ce qu’ils avaient en tête. Disputes, idées, conversations, rêves… nous confirme le réalisateur. En effet, 360 lettres furent échangées en l’espace de huit ans entre Freud et Jung. Sabina Spielrein quant à elle tenait un journal et échangea de nombreuses lettres avec Sigmund Freud et Carl Gustav Jung. Le personne interprété par Vincent Cassel, Otto Gross, a également réellement existé, d’ailleurs l’une de ces descendantes souhaite voir le film et cela m’effraie un peu. »

Michael Fassbender et Keira Knightley

La méthode Cronenberg

Aussi étonnant que cela puisse paraître, bien que l’on retrouve régulièrement les mêmes thématiques dans ses métrages (la sexualité, la violence, l’horreur viscérale, la contamination, le corps humain comme terrain d’expérimentation et la satire sociale), David Cronenberg dément toutes corrélations entre ses films.

« Je pourrais m’engager dans une discussion pour démontrer les rapports entre mes films et cela pourrait même être divertissant mais cela pourrait vous faire penser que j’envisage mes films ainsi. Mais cela ne correspond pas à ma façon de travailler. »

Et chose encore plus surprenante, il avoue n’avoir aucun plan précis en tête avant le tournage et de ne pas penser en terme de mise en scène.

« Je suis un peu comme un sculpteur. Je n’ai pas d’idées préconçues sur ce que sera le film, il se construit naturellement. Avant le tournage, je ne savais pas quel serait l’aspect du film. Tout est venu petit à petit avec le décor, les costumes… Prenons l’exemple, de la scène où Sabina est assise sur sa chaise et tourne le dos à Jung également assis. (Cf. : Image ci-dessus). C’est la première scène que nous avons tourné et lors de la mise en place, j’ai trouvé qu’il serait intéressant de les avoir dans le même cadre. Voir leurs réactions respectives sans faire appel à l’alternative du champs/contre-champs. Cela a été possible grâce à des objectifs qui nous permettaient de faire le point à la fois sur le personnage du premier plan et le visage du second plan. Par la suite, c’est devenu un thème visuel récurrent mais il a été mis en place ce jour-là. »