Dernièrement, j’ai maté pas mal de bonnes séries mais la première saison de THE HANDMAID’S TALE : LA SERVANTE ÉCARLATE m’a particulièrement marquée.

Impossible de binger ses 10 épisodes ! Le futur cauchemardesque qu’elle évoque m’énervait tellement qu’il valait mieux attendre le lendemain pour la poursuivre.

Produite par Hulu et diffusée chaque mardi sur OCS, elle nous plonge dans une société totalitaire, homophobe, bigote et misogyne où les femmes sont réduites à l’esclavage.

Créée par le scénariste Bruce Miller (THE 100, THE 4 400 et EUREKA), cette adaptation d’un roman éponyme de Margaret Atwood paru en 1985, m’horripile autant qu’elle me fascine.

Pour l’anecdote, ce n’est pas la première fois qu’on s’intéresse à cette dystopie. En 1990, le cinéaste allemand Volker Schlöndorff la portera à l’écran, tandis que le maestro danois Poul Ruders la transformera en opéra, huit ans plus tard.

La République de Gilead

Nous voici donc dans un futur proche. La pollution a causé une chute drastique du taux de fertilité. Suite à cette catastrophe biologique, les États-Unis sont tombés aux mains d’extrémistes religieux. Prétextant de la protéger, ils ont alors privé une partie de la population de ses libertés.

Dans cet ersatz de société, les dissidents, les homosexuels et les prêtres catholiques sont condamnés à mort par pendaison. Les femmes trop âgées ou infertiles sont déportées dans les Colonies pour y manipuler des déchets toxiques. Quant aux autres femmes, elles ont été démises de leur statut de citoyennes et sont réparties de la façon suivante :

  • Les Épouses. Compagnes de la classe dirigeante
  • Les Marthas dévouées aux tâches domestiques
  • Les Servantes. Dédiées à la reproduction, elles sont violées chaque mois par leur propriétaire
  • Les Tantes. Des tortionnaires assurant «l’éducation» des Servantes

Chacune d’entre elles portent une couleur spécifique à son rang. Bleu-vert pour les épouses, du gris pour les Marthas, du rouge pour les Servantes et du marron pour les Tantes.

Désormais, les relations humaines obéissent à des règles draconiennes. Ici, le sexe n’a d’utilité que dans le cadre de la reproduction et l’Œil de la République veille au grain.

Under his eye

Dans ces premiers épisodes, on entrevoit l’atroce quotidien de June (Élisabeth Moss). Mariée à un afro-américain (O. T. Fagbenle) et mère d’une petite fille, elle a été capturée alors qu’elle tentait de rejoindre le Canada.

Rebaptisée Offred, elle officie comme Servante chez les Waterford (Yvonne Strahovski et Joseph Fiennes), l’un des couples les plus puissants de ce régime patriarcal.

A travers ses pensées, on partage sa colère, sa peine, ses tourments et surtout son indéfectible envie de survivre à tout ça. On découvre aussi comment le pays à sombrer sournoisement dans l’obscurantisme.

Fiction spéculative ?

Fanatisme religieux, propagande de valeurs ultraconservatrices et antiféministes. La force de THE HANDMAID’S TALE est de nous montrer l’inacceptable tout en étant extrêmement réaliste.

Daesh, Boko Aram et Cie, les mouvements pro-life, Trump… La religion a toujours une belle place dans notre société et la question du sexisme est malheureusement toujours d’actualité.
En Arkansas, une loi votée ce mois-ci contraint par exemple les victimes de viol d’aviser leur agresseur pour avorter…

Il ne se passe pas un jour où le droit des femmes soit bafoué ou remis en question. Meurtres, mutilations (excision, énucléation…), tortures, esclavage sexuel, asservissement, privation de droits fondamentaux ou encore absence de solidarité entre femmes. Toutes ces violences existent déjà. Il reste tant de choses à faire pour changer les comportements et les mentalités.

Dérèglements climatiques, crise financière, terrorisme, conflit armé. L’Histoire nous a démontré à maintes reprises qu’un retour en arrière est toujours possible. La liberté et la démocratie ne sont jamais acquises !

Casting de choc

La série ayant très peu de dialogue, il fallait des acteurs à la hauteur pour ne pas faire sombrer le spectateur dans le coma. Ici, c’est assez rare pour le souligner, mais toute la distribution est impeccable.

Offred – Élisabeth Moss (TOP OF THE LAKE)
Ofglen – Alexis Bledel (GILMORE GIRLS)
Moira – Samira Miley (ORANGE IS THE NEW BLACK)
Janine – Madeline Brewer (BLACK MIRROR)
Serena Waterford – Yvonne Strahovski (CHUCK)
Le commandant Fred Waterford – Joseph Fiennes (FLASHFORWARD)
Nick – Max Minghella (THE MINDY PROJECT)
Tante Lydia – Ann Toyd (THE LEFTOVERS)

Révélée par la série MAD MEN et TOP OF THE LAKE, bientôt à l’affiche de THE SQUARE (18 octobre 2017), Élisabeth Moss parvient à nous immerger dans la nouvelle vie de l’héroïne. Passant d’une émotion à l’autre sans aucune fausse note, on s’attache à elle instantanément.

Face à elle, l’inoubliable copine de CHUCK, Yvonne Strahovski est au diapason. Toujours sur le fil, elle retranscrit avec brio la force et la fragilité qui anime son personnage.

Et puis quel plaisir de retrouver la glaçante Ann Toyd de THE LEFTOVERS. Je n’avais pas vu une peau de vache pareille depuis Kathy Bates dans MISERY 😆

Nolite te bastardes carborundorum

Véritable phénomène, cette œuvre engagée réalisée notamment par Reed Morano (VINYL, DIVORCE) a fait un carton aux États-Unis. Faisant le parallèle entre la République de Gilead et les dérives du gouvernement de Donald Trump, des associations locales ont ainsi manifesté contre les lois restrictives sur l’avortement, vêtues comme Offred.

Efficace et invitant à la réflexion, THE HANDMAID’S TALE est mon coup de cœur série de cet été !

Le 13 juillet dernier, on apprenait que la série allait concourir pour l’Emmy Award de la Meilleure actrice avec Élisabeth Moss, celui du Meilleur second rôle féminin pour Ann Dowd et Samira Wiley ainsi que pour celui de la Meilleure série dramatique.

Hâte de voir avec quels prix la série repartira le 17 septembre prochain lors de cette 69e cérémonie qui se déroulera au Microsoft Theater de Los Angeles.

Reconduite pour une seconde saison, espérons qu’elle rafle encore de nombreuses nominations et prix.

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