Le 5 avril 2018, Isao Takahata, cofondateur du prestigieux studio Ghibli, disparaissait en laissant derrière lui des œuvres remarquables. Un an plus tard, la journaliste Stéphanie Chaptal revient sur la carrière du maître du cinéma d’animation dans «Hommage à Isao Takahata – De Heidi à Ghibli» (Ynnis Editions).

Dans son premier livre, la parisienne de 44 ans présente notamment les sources d’inspiration et les méthodes de travail de Takahata ainsi que les témoignages inédits de Michel Ocelot (KIRIKOU), Tomm Moore (LE CHANT DE LA MER), Michaël Dudok de Wit (LA TORTUE ROUGE) ou encore Mamoru Hosoda (LES ENFANTS LOUPS).

Autrice, journaliste, traductrice de BD (Graph Zeppelin Editions) et de romans SF/Fantasy (Reines-Beaux Editions) et même blogueuse littéraire. Rencontre avec cette prolixe passeuse de mots et de connaissance.

Pourquoi avoir choisi Isao Takahata ?

L’idée est venue de Ynnis Editions. Ils voulaient une plume neuve, et m’ont proposé de travailler sur Isao Takahata. Aimant beaucoup l’animation japonaise, le Studio Ghibli et en particulier ce réalisateur, j’ai tout de suite accepté. Je n’avais jamais fait ce genre d’exercices auparavant. Se plonger ainsi dans la vie et l’œuvre de quelqu’un est aussi déroutant que passionnant.

A qui s’adresse ton livre ?

S’il existe déjà beaucoup de livres et d’articles consacrés à Isao Takahata, ou à ses films, ils s’adressent surtout aux aficionados ou aux cinéphiles capables de passer des heures à décortiquer le moindre plan. Pour eux, j’ai essayé de mettre en avant une facette méconnue de cet artiste. Quant aux néophytes, ils pourront découvrir l’homme, son œuvre et son influence sur des œuvres qu’ils connaissent peut être mieux.

Les principales difficultés pour écrire ce livre ?

Courir après les interlocuteurs… Et caler leurs agendas avec les contraintes temporelles liées à la publication du livre. Une fois les dates trouvées, ils ont tous été d’une grande disponibilité, et ravis de parler de leur expérience et de l’impact qu’Isao Takahata a eu dans leur vie.

Ton œuvre préférée d’Isao Takahata ?

Difficile de choisir. Elles sont tellement différentes les unes des autres ! Pour un jour où je me sens d’humeur épique, LE TOMBEAU DES LUCIOLES ou POMPOKO. Si j’ai envie d’un film plus calme et intimiste, je dirais GOSHU, LE VIOLONCELLISTE. J’ai adoré ce court film et la façon dont la musique classique se mêle à l’histoire et à la fantaisie animalière. Mais finalement, je crois que celle que je préfère, c’est MES VOISINS LES YAMADA. Cette histoire très tendre et drôle d’une famille japonaise ordinaire pleine de fantaisie peut se regarder aussi bien seule en cas de coup de blues qu’à plusieurs.

Ton rituel d’écriture ?

Comme toutes mes activités tournent autour de l’écrit, j’y consacre un temps plein bien rempli. Si je fais abstraction du temps consacré aux recherches, rencontres et interviews, ma journée de travail commence en général vers 8h30 et se termine vers 18h30-19h. Avant d’écrire quoi que ce soit, j’avale au moins un café noir sans sucre bien fort. J’aime travailler en musique ou en écoutant des podcasts, comme In Tenebris. Et lorsque je sèche sur un sujet, au lieu de rester devant mon ordinateur, j’attrape un cahier et un stylo et j’essaie d’écrire à la main. Souvent ça me débloque, et je peux continuer ensuite sur ordinateur.

L’auteur qui t’a donné envie d’écrire ?

Frank Herbert, John Irving, Ursula Le Guin, Robert Silverberg, San-Antonio, Gail Simone… Et bien d’autres. J’ai beaucoup de respect pour les auteurs capables d’écrire de la fiction. Ceux qui ont le don de créer des univers entiers avec leur propre style sans qu’on voit les efforts nécessaires pour y arriver.

Des recommandations pour ceux qui rêvent de suivre ta voie ?

Il n’y a pas une façon de se lancer dans l’écriture ni un seul métier. Mon premier conseil serait dans tous les cas de relire, relire et relire encore ce que l’on écrit. Que ce soit la petite faute d’orthographe qui traîne encore ou une phrase qui pourrait être mieux tournée, on peut toujours s’améliorer. Et le deuxième ? De lire, tout ce qui vous tombe sous la main.

Un conseil de lecture ?

Oulà, j’ai toujours deux ou trois livres ouverts en même temps. Si tu me demandes mes coups de cœur récents… En BD, je dirais MONSTRESS de Marjorie Liu et Sana Takeda : une histoire épique qui mêle mythologie asiatique, égyptienne et nordique avec des femmes fortes en personnages principaux. Et qui, fait rare dans une série de comics, ne faiblit pas au fil des numéros. En outre, le dessin de Sana Takeda est une pure merveille. En livre, j’ai beaucoup aimé récemment le diptyque de M.R. Carey, CELLE QUI A TOUS LES DONS et LA PART DU MONSTRE, paru chez L’Atalante.

En tant que journaliste spécialisée dans les problématiques liées à la sécurité des usages informatiques, tu évolues dans un milieu où les femmes peinent à se faire une place. As-tu été victime de sexisme ?

Je ne crois pas qu’il y ait un milieu professionnel sans sexisme. Dans la presse informatique, j’y ai été confrontée, plus dans la presse à destination du grand public qu’en travaillant pour des supports professionnels d’ailleurs. Je n’ai jamais subi de cas graves mais je n’ai jamais laissé personne me dire qu’être une femme nuisait à ma compréhension du sujet ou à ma compétence ou autres excuses vaseuses.

Des séances de dédicaces sont prévues ?

Le 5 avril, je serai à 20h30 au Renard Doré (41 rue de Jussieu 75005 Paris) pour la soirée hommage à Isao Takahata… Après qui sait ?

Un dernier mot ?

Comme dirait Frank’n’Furter *, «don’t dream it, be it !».

* Héros de la comédie musicale « The Rocky Horror Picture Show »

Hommage à Isao Takahata – De Heidi à Ghibli
Format : Broché, 168 pages
EAN13 : 9782376970293
ISBN : 978-2-37697-029-3
Éditeur : Ynnis Edition
Disponible en librairie dés le 3 avril 2019

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