C’est LE groupe de métal expérimental du moment. Acclamé par la critique depuis leur dernier album, Hypno5e se paie même le luxe de partir en tournée aux États-Unis en septembre avant de revenir en France pour 6 dates en Octobre. Je me suis glissé dans les loges de L’Akwaba pour rencontrer le Guitariste chanteur Emmanuel «Manu» Jessua, le batteur Thibault Lamy, le bassiste Cédric «Gredin» Pages, le guitariste Jonathan Maurois et l’ingénieur son Benoit Pouzol.

Vous existez depuis 2004, c’est une bonne longévité pour un groupe de metal, surtout dans le Sud de la France ?

Thibault : Ouais, mais le temps passe très très vite. Nous n’avons fait que deux albums (NDLR: « Des Deux l’une est l’autre » en 2007 et « Acid Mist Tomorrow » en 2012) et nous avons fait énormément de tournées, de scène.
Manu : Nous faisons une musique qui demande un regard et une écoute approfondis, nous devions d’abord éprouver sur scène les idées de chansons avant de les mettre sur les albums.

Pourquoi avez-vous créé ce groupe ? Aviez-vous envie de faire un style de musique que vous n’entendiez pas, ou s’agit-il simplement d’une rencontre de potes ?

Manu : Non, ce n’était pas du tout une rencontre de potes. Personne ne se connaissait avant. Je jouais dans un groupe avant et je voulais depuis quelque temps créer un groupe qui s’appelait Hypno5e. Oui, je connaissais déjà le nom 😆
C’était avant tout pour faire une musique que j’avais envie d’entendre et que je n’entendais pas forcément.
Thibault : Et puis, nous partagions la même idée de faire un truc autour du cinéma. Une musique liée à l’image.
Manu : Nous voulions intégrer plein de choses, tout en restant dans une ligne cohérente. C’est à ce moment là que nous avons pris le guitariste que Jo a remplacé. Gredin, lui, est arrivé 6 mois plus tard. Nous ne nous connaissions pas du tout, nous étions des connaissances de connaissances.

Vous êtes très actifs, acharnés à vous faire connaître, ce qui n’est pas forcément le cas de certains groupes qui se satisfont de leur aura régionale.

Manu : Si on se bouge pas le cul, personne ne le fera à notre place.
Gredin : Il faut avoir de l’ambition et savoir ce que tu veux. Nous, nous souhaitons que notre musique touche un maximum de personne.
Manu : Nous avons du, par la force des choses faire cela. Parce qu’au début, peu de gens nous ont fait confiance, nous n’avons pas trouvé de label par exemple. Il n’y a pas grand monde qui fait confiance à ce genre de musique, difficile à entendre car longue (NDLR: beaucoup de leurs morceaux flirtent avec les 10mn). Finalement, à force de faire des dates, de sortir des albums, même seuls, nous avons réussi à avoir un public plus large. Nous avons toujours des gens qui viennent nous voir. Ce que je regrette le plus c’est de ne pas avoir eu l’appui des professionnels du milieu qui permettrait au groupe de passer un cap. Nous sommes capable de le faire, nous avons déjà fait énormément de choses.
Gredin : C’est pour cela que nous n’avons pas vu le temps passer, nous n’avons pas cessé de bosser. Cela dit plus tu sors du cadre commercial, plus tu dois ramer.
Manu : Le reproche que nous avons le plus entendu, c’est que nous n’étions pas vendables, pas rentables, alors qu’au final les retours presse sont unanimes. Nous avons eu un très bon accueil. Nous avons de plus en plus de dates où les gens connaissent nos morceaux. C’est là que nous voyons que le travail fourni pendant toute l’année a porté ses fruits.

En parlant de dates, pour crâner un peu, rappelez-nous où vous êtes allés ?

Manu : Alors la France, l’Europe, Italie par exemple, les États-Unis, le Canada, l’Australie…

L’Inde ?

Manu : Ah non l’Inde c’est avec l’autre groupe (NDLR: « A Backward Glance on a Travel Road »). C’est aussi une des raison du peu d’albums sortis. Backward était censé être un album d’Hypno5e au départ. Et puis bon, le deuxième album est en boîte depuis deux ans, prêt depuis un an. Nous attendions juste de trouver les bonnes personnes avec qui bosser, des structures assez grosses pour s’occuper de tout ce qu’il y a autour. Maintenant, nous avons trouvé quelqu’un avec qui cela se passe très très bien. Jusqu’à maintenant, nous devions tout faire de A à Z, que ce soit le graphisme, le clip, la promo, la vente aux salles.

Après un premier album plutôt classique, votre second opus se révèle plus ambitieux. Pourriez-vous définir votre style musique. Pourquoi écouter Hypno5e ?

Manu : Il faut écouter Hypno5e parce que ce n’est pas du metal. Déjà nous n’écoutons pas beaucoup de métal…
Gredin : C’est un moyen mais pas une finalité.
Manu : Voilà, nous ne faisons pas du métal pur et dur. C’est un déferlement de puissance, une montée de violence. Tous les passages metal sont justifiés par l’évolution du morceau. Si nous arrivons à des parties criées, à des parties où nous envoyons la sauce, c’est parce que le morceau en a besoin. Si nous arrivons au metal, c’est parce que nous pouvons être dans cet espace de liberté où nous pouvons jongler entre les extrêmes. Pourquoi écouter Hypno5e ? Pour garder aussi l’esprit curieux, et qu’il ne faut pas se cloisonner à des styles musicaux qui te font louper des découvertes.

Quels groupes vous inspirent ?

Manu : Si il y a des références, elles sont plus à trouver dans le cinéma.

En parlant de cinéma, est-ce que vous faites des concept-albums avec un album = une histoire ?

Manu : Non, pas d’histoire. Peut-être une trame mais il n’y a pas de narration à proprement parler. Les deux albums sont plus construits autour de monologues intérieurs d’un personnage, son parcours, ses voyages. On cherche aussi avec l’utilisation de samples de reconstruire quelque chose, mais abstrait.

Parlez-nous de la scénographie durant vos concerts ?

Thibault : Nous avons une grande volonté de scénographie, mais ce n’est pas facile. Nous essayons, mais c’est plutôt compliqué.
Manu : Nous avons toujours travaillé avec la vidéo, surtout sur le premier album. Mais, nous avons voulu abandonner le système classique de la projection derrière la scène. Cela dépend vraiment de la salle. Et nous avons voulu passer à quelque chose de différent qui commence à être bien en place, un système de projection plus original qui sort un peu des sentiers battus.

Après avoir parlé du passé et du présent. Quel est le futur d’Hypno5e ?

Gredin : Le futur… Nous partons aux États-Unis, Mexique début Septembre.
Manu : Nous allons sûrement retourner en Australie, terminer la tournée.

Et un nouvel album ?

Thibault : Au mois de Juin, nous attaquons l’enregistrement du deuxième Backward. De toute façon, nous avons énormément de chutes déjà prêtes, il y a de quoi faire deux albums avec.
Manu : Nous allons essayé d’enregistrer assez vite pour pouvoir surfer sur le «buzz» du dernier album, pour ne pas avoir de trou d’air. Nous espérons le sortir pour fin 2013.

Êtes-vous sur le web, sur les réseaux sociaux et pour quels usages ?

Manu : Oui, nous sommes bien obligés de passer par les réseaux sociaux, Facebook, Twitter, Myspace. Nous utilisons tout ses supports pour nous faire connaître. Pour les tremplins par contre nous n’y participons pas. Au moins avec ces réseaux, contrairement aux sites web, nous pouvons vraiment quantifier si un évènement va marcher, et à quel niveau. Nous pouvons nous rendre compte de ce qui est efficace ou non pour arranger les prochaines coms. Par exemple, pour les préventes de disques nous ne pensions pas que cela marcherait autant donc sommes dorénavant plus réactifs.

A propos de l'auteur

Ancien animateur radio et responsable de fanzine bd, Spécialiste du Manga et de l'édition de bande dessinée en France. Depuis peu bourlingueur de divers concerts et adepte des jeux de toutes sortes.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.