Pour tout vous dire, après avoir fini le dernier épisode de la cinquième saison, j’ai eu les larmes aux yeux. Non pas que ce final fut très larmoyant (quoique !), mais plutôt parce qu’une série magistrale venait de tirer sa révérence. Vous qui lisez ce site fréquemment, vous devez vous être rendu compte que je suis plutôt difficile en tant que spectateur et bien là, je n’ai pas peur de lâcher le terme de Chef d’Œuvre Ultime.

THE WIRE est issue de l’expérience et des épreuves de vie que vécurent David Simon, ancien journaliste au Baltimore Sun et Ed Burns ancien policier reconverti en enseignant dans la même ville de Baltimore. C’est principalement en ça que THE WIRE se détache des autres séries policières américaines. Le fait que l’histoire ne soit pas écrite par des scénaristes rompus à l’exercice du cliffhanger ou du rythme lié à l’audience.

Simon et Burns racontent la vie des habitants de Baltimore (300 meurtres par an et 50% de chômage) qui voient leur ville plonger de plus en plus dans le trafic de drogue de très grande envergure. La vente de drogue devenant la seule issue pour une jeunesse complètement larguée par le système scolaire américain inadapté.

THE WIRE est donc autant une série policière, dont le thème des écoutes téléphonique n’est finalement qu’un liant entre les différentes saisons, qu’une critique sociale acerbe sur le système social, éducatif et industriel américain. Jamais une série n’a été aussi réaliste et son style quasi documentaire accentue encore plus l’empathie que l’on ressent envers les policiers, les junkies, les jeunes et même les dealers qui n’ont finalement pas forcement eu le choix de faire autre chose de leur vie.


L’un des gros points forts de cette série, c’est l’absence de manichéisme total. Aucun personnage n’est caricaturé et que ce soit les policiers, les politiciens ou les gangsters au final chacun à sa part d’ombre, comme son coté rafraichissant. D’ailleurs, tous les personnages sont écrits avec une telle intelligence et une telle vraisemblance qu’ils deviennent tous cultes à part entière.

De Jimmy McNulty, le flic qui n’hésite jamais à se mettre à dos la hiérarchie dans l’unique but de résoudre une affaire, mais qui à coté de cela est un alcoolique notoire. Bubbles le junkie, qui va de magouille en magouille afin de trouver quelques dollars pour se procurer les doses de drogue dont il voudrait bien se défaire mais prisonnier de sa dépendance. Omar, le gangster homosexuel qui met un point d’honneur à ne s’attaquer qu’aux dealers et qui se ballade dans la rue avec un gilet pare balle et un long manteau cachant un fusil à canon scié. Ou encore Stringer Bell, gangster notoire qui prend des cours dans une école de commerce afin d’analyser les différentes façons de vendre sa drogue selon les règles de l’offre et de la demande.

Ceux-ci n’étant que certains des personnages principaux d’une série en comptant au bas mot une cinquantaine tous écrits avec autant de finesse. Malgré toutes les qualités que l’on peut trouver à THE WIRE, la série à certes connue un succès critique logique auprès des « intellectuels » américains, mais n’a pas du tout séduit le public américain lamba beaucoup trop habitué aux séries policières beaucoup mieux rythmées.

THE WIRE est une série qui prend son temps et qui ne joue pas dans la même catégorie que ses principaux concurrents. Le rythme est souvent très lent mais ce n’est que pour mieux prendre le temps de peser le poids des décisions de tout un chacun ainsi que de bien réaliser les tenants et aboutissants de chaque décision ou acte des protagonistes.

Autre détail qui n’a pas aidé au succès commercial de la série c’est sa noirceur totale dans la description du quotidien de certains américains et par conséquent du pays, qui est vraiment au plus proche de la réalité du terrain. Alors si on ajoute à cela l’absence de comédiens connus (une grande partie du casting est constituée de comédiens débutants ou amateurs), un format long (58 minutes) et un casting constitué à 80% d’acteur noirs, il n’est malheureusement pas étonnant que cette série n’ait pas connue le succès escompté.

Il en va de même avec sa diffusion française qui s’est effectué via le réseau câblé sur Jimmy pour les deux premières saisons et sur Orange TV pour les trois suivantes (pas facile à suivre tout ça !). Bref, je pourrais faire l’éloge de cette série pendant des heures, mais le mieux est de la vivre entièrement.

Pour cela, il vous faut absolument vous procurer l’intégrale de THE WIRE sortie chez nous en DVD aux alentours de 30 euros la saison. Un investissement finalement très raisonnable pour une série que l’on ne verra jamais sur le réseau hertzien et qui trône dès à présent au sommet de tout ce que j’ai pu voir en matière de production télévisuelle. Un Must Absolu !

A propos de l'auteur

Ancien animateur radio, je me consacre depuis à la critique de films, de série TV ou d'interviews sur ce webzine. Président de l'association Deviant Zone qui organise des soirées cinéma mensuelles, je m'occupe également de la programmation de celles ci ainsi que de sa promotion.

4 Réponses

  1. lord dapit

    tous simplement magistral !!

    j’aurai envie de dire que heureusement qu’elle ne soit pas a la porter de vue de tous… comme le saint graal… il faut chercher la quête d’absolue, et en matière de série documentaire comme the Wire c’est la finalité.

    presque chaque épisode de c’est 5 saison est bien au dessus de 90% des polars américain! toutes cette mécanique est huilé a la perfection, dialogue digne de grand western, et d’une réalité a vous glacer le sang.
    sans oublier la bande originale, entre jazz soul et hip hop, juste bien doser et réfléchi

    c’est simple, après cette série, c’est fini tous les navet américain qui inonde notre petit écran!!!!

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