Jouer face à Jake Gyllenhaal (LIFE) ou être le héros d’un film d’époque britannique (EXODUS TO SHANGHAI). Actuellement à l’affiche de 1918-1939, LES RÊVES BRISÉS DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES, la série docu-fiction d’Arte, Alexandre Nguyen a bien failli ne jamais vivre ces singulières expériences.

De Hong Kong à Los Angeles, de ses premiers pas dans la pub pour de grandes marques (Louis Vuitton, Dolce & Gabbana, Lacoste, Air France, Shiseido, Heineken, Coca-Cola..) à ses figurations à la télévision et au cinéma, l’enthousiaste acteur français nous en dit plus sur son parcours.

Être acteur, est-ce un rêve de gosse ?

On entend souvent les acteur·rice·s dire que leur passion a été nourrie dès leur enfance… mais c’est vrai, c’est aussi mon cas ! Mon père était fan de films d’action et de guerre. J’ai grandi avec les films de Van Damme, Chuck Norris, Bruce Lee… pour ne citer qu’eux et je pense que ça vient de là. En grandissant, j’ai cultivé cette fibre artistique mais je ne pensais pas en faire un métier car c’était, pour moi, inaccessible.

Tout a commencé vraiment par hasard, au détour d’un shooting photo imprévu pour une marque de street wear. Les personnes rencontrées là-bas m’ont encouragé à continuer dans cette voie. Peu de temps après, j’ai eu la chance de tourner ma première pub TV. Je me suis senti tellement bien sur le plateau que j’ai décidé d’essayer de vivre de cette passion.

Qu’est-ce qui te motive dans ce métier ?

Le challenge et la liberté ! Le challenge et la liberté de pouvoir exprimer/interpréter différentes vies et idées – qu’elles soient proches ou non de moi. En tant qu’artiste, on est en quelque sorte un porte-parole pour ceux qui ne peuvent pas se faire entendre. Selon moi, être acteur c’est bien plus qu’un métier. C’est quelque chose que l’on a en nous et qu’on cultive tout au long de notre vie. C’est une vraie passion !

Comment décrirais-tu ton évolution en tant qu’acteur ? 

Chaotique, très chaotique ! 😆 Ça n’a pas été de tout repos et ça ne l’est toujours pas.
J’ai eu beaucoup de chance de commencer ma carrière par un premier rôle. Alors que mon anglais était médiocre, Anthony Hickox, le réalisateur d’EXODUS TO SHANGHAI, a cru en moi. La «chance» est le résultat d’évènements que l’on provoque. Prendre des risques est toujours payant.
Malheureusement en France, il est très difficile de se voir « caster » pour autre chose que des rôles très stéréotypés (livreur de sushis parlant avec un accent stupide…).

Si je n’étais pas parti à Londres pour trouver mon agent actuel, je n’aurais jamais eu la possibilité d’incarner des personnages qui reflètent la diversité d’aujourd’hui. Le travail, la détermination, la ténacité et la persévérance sont des éléments nécessaires à une bonne évolution. Il faut aussi choisir la qualité plutôt que la quantité.

Avec BLACK PANTHER et son casting majoritairement afro-américain ou encore CRAZY RICH ASIANS, la comédie romantique phénomène 100% asiatique qui sortira en France le 7 novembre prochain, Hollywood semble prendre un nouveau tournant après des décennies de whitewashing*. Pourquoi de tels projets sont encore inenvisageables chez nous ? 

En bon capitalistes, ils ont bien compris que pour faire encore plus d’argent, ils se doivent de faire des films dans lesquels les populations peuvent se reconnaitre et s’identifier. Le public français est prêt depuis longtemps à voir sur les écrans, des acteur·rice·s de diverses origines. Le problème en France, c’est l’hypocrisie !

Il y a quelques années de cela, un groupe de personnes a tenté d’instaurer la politique du «quota ethnique» afin d’avoir une parité de minorités sur les écrans. Mais les associations antiracistes et une partie de la population ont fait obstacle au projet en prétextant que cela discriminerait et stigmatiserait les minorités. Les producteurs de films n’ayant pas l’obligation de représenter toute la population, n’envisagent donc pas de changer leur point de vue sur les acteurs de « couleurs » et les clichés.

Ayant incarné Ryô Saeba aka Nick Larson dans le fan-film CITY HUNTER XYZ de Filip Wong, quel est ton regard face à l’adaptation de Philippe Lacheau prévue au cinéma le 6 février 2019 ? 

Tu parlais de whitewashing, on est en plein dedans… J’ai vu des photos circuler sur le net. Les acteurs ne ressemblent pas du tout aux héros du manga. Je pense qu’une adaptation faite sur une version polie et aseptisée des années 90 du «Club Dorothée» que le CSA avait largement remanié et censuré, ne sera pas fidèle à l’œuvre de Tsukasa Hōjō.

Dans la série produite par Arte, tu incarnes le jeune Nguyen Ai Quoc plus connu sous le nom de Hô Chi Minh. Comment es-tu arrivé sur ce projet ? Comment t’es tu préparé ?

Fiamma Bennett, une actrice avec qui j’ai collaboré en 2014, m’a envoyé l’annonce pour ce rôle. J’ai ensuite fait un casting vidéo à distance. Puis, j’ai rencontré Jan Peter et Fréderic Goupil, les réalisateurs ainsi que la production et la directrice de casting qui m’ont annoncé la bonne nouvelle.

Lorsqu’on doit interpréter un personnage aussi important que l’ancien président du Vietnam, on doit se documenter un maximum sur sa vie pour essayer de capter sa personnalité et comprendre son combat, ses motivations… J’ai donc acheté des livres d’histoire et fait beaucoup de recherches pour coller au mieux au personnage. A travers ces recherches, j’ai aussi appris à connaitre davantage mon pays d’origine.

Des conseils pour ceux qui souhaiteraient suivre ta voie ? 

Durant mon séjour en Asie, j’ai commencé par des stages initiatiques et j’ai lu beaucoup de livres liés à la «Méthode d’acteur». Puis, à mon retour en France, je me suis inscrit chez Method Acting afin d’approfondir ma formation. C’est là que j’ai rencontré Carole Proszowski, ma coach actuelle avec qui je continue de travailler mon jeu. Après avoir passé un certain cap et être devenu autonome, j’ai effectué plusieurs séjours aux États-Unis pour continuer à affuter mes connaissances.

Mon conseil : lisez, documentez-vous sur les différentes techniques de jeu et effectuez des stages avant de choisir où vous former. Ça permet de connaitre ses affinités de jeu, de voir si on se sent bien dans telles ou telles écoles et quel coach nous correspond. Ça évite d’être déçu car les institutions «renommées» sont très chères et certaines jouent uniquement de leur notoriété.

Courir les castings c’est se confronter parfois à l’échec. Vivre du désir des réalisateurs est-ce compliqué à gérer ? 

«Parfois», je dirais même que c’est 95% des cas. C’est difficile d’être à la merci des décisions des autres. La ténacité et la persévérance sont des traits de caractère qu’il faut avoir lorsqu’on veut vivre de sa passion. Si on sait pourquoi on fait les choix que l’on fait, alors ça aide à mieux gérer l’échec.

Qu’est-ce que ça fait de travailler sous la direction de Daniel Espinosa, Luc Besson, Nicolas Winding Refn et Guy Richie ? Te vois-tu un jour passer derrière la caméra ? 

J’ai réalisé une partie de mon «rêve d’acteur». C’est juste incroyable ! Ça a été très formateur pour moi ! J’ai eu le privilège de pouvoir échanger avec eux. La vie d’artiste est parsemée de tant de doutes et d’échecs que se voir choisi par de tels icônes est encourageant. On se dit que les épreuves traversées ne nous servent pas à rien.

Lorsque je marche dans Paris ou ailleurs, je vois la Vie en cinémascope 😆
Il m’arrive d’écrire des idées de films donc si ça doit se faire, je pense qu’au moment venu, ça se fera tout seul.

Parle-nous de ta collaboration avec Martin Freeman sur la pub Vodafone, BOURNE MISENDITY.

Martin Freeman est une personne vraiment accessible. Nous avons pu échanger nos idées et rigoler simplement sur le plateau.

Quel est ton premier souvenir de spectateur ? Le dernier ? 

Pour ma première sortie au cinéma, mon père m’avait emmené voir BERNARD ET BIANCA au Grand Rex, j’avais 4-5 ans et dernièrement MISSION IMPOSSIBLE : FALLOUT.

L’acteur, l’actrice et le réalisateur qui te touchent le plus ?

Difficile de n’en choisir qu’un ! Je dirais, Matt Damon dans WILL HUNTING, Julia Roberts dans ERIN BROCKOVICH et le réalisateur DAVID FINCHER.

Un dernier mot ?

Que le soleil continue de se lever et un grand merci aux lecteurs !

* pratique au cinéma consistant à faire jouer par des acteurs blancs des personnages de couleur (ex : Scarlett Johansson dans « Ghost in the Shell » (2017) ou Gérard Depardieu dans « L’autre Dumas »).

Crédits Photos © David Dao – Sony Pictures – Arte – FashionTV Films

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